Observations de rusticité

Fruitiers sauvages
Ornementales à fruits comestibles

 

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Araucaria araucana
... Un spécimen âgé de trente ans, et mesurant cinq mètres de haut, prospère dans la région de Hambourg (Allemagne) où il a supporté sans dommages les hivers rigoureux de 1981, 1984, 1985, 1986, 1995 et 1996. Son record de rusticité fut atteint en janvier 1978, lorsque, haut d'un mètre seulement, il subit une température de -20°C qui l'éprouva, lui occasionnant un brunissement intense des aiguilles, mais ne lui fut pas fatale. Il faut préciser toutefois qu'il avait beaucoup neigé et que son propriétaire en profita pour le recouvrir totalement de neige, celle-ci jouant le rôle protecteur vis à vis du froid qu'on lui connaît.
... Une observation effectuée dans un jardin se situant en Lorraine, en pleine campagne, nous a été communiquée par un élève ingénieur en horticulture et confirme, sur un sujet plus jeune, la forte rusticité de cette espèce.
- sujet issu de semis (arboretum Gaston Allard d'Angers) : 2008.
- planté en pleine terre (sans exposition particulière) : 2008.
- hiver 2008-2009 (-15°C) : pas de problèmes.
- hiver 2009-2010 (-22°C) : sujet d'une quinzaine de centimètres de hauteur ; légers brunissements apicaux, mais très bon état général (photo).
 

Quelques précisions relatives à cette dernière observation, assez exceptionnelle : aux alentours de noël 2009, la période de grand froid  a duré deux semaines, avec des températures nocturnes variant entre -10 et -17 °C, ainsi qu'une nuit à -19°C avec pointe à -22°C (thermomètre à l'abri et à 1m du sol). Pendant cette période, présence de neige continue (couche d'environ 4 cm). Il est possible que la neige ait recouvert pratiquement  le jeune Araucaria au moment de la pointe de froid précité, ce qui a produit un effet de protection. Pas d'autres facteurs majeurs d'atténuation des effets du froid : le jardin se situe dans une ferme isolée au milieu des champs et en sommet de crête, à 300 m d'altitude, où le vent souffle fort. Protection contre le vent assez lointaines : vent du nord (maison à 10 m) ; vents d'ouest et d'est (haies hautes de charmes et de frênes à 30 m). Aucune végétation accolée, à proximité ou au dessus abritant le jeune sujet, ni présence de bloc minéral réalisant une restitution nocturne de chaleur. Seulement un très léger lit de paille au pied.

Yucca aloifolia
En janvier 2004, au jardin botanique Tropicaland, à Viry, en Haute-Savoie, un sujet âgé d'une dizaine d'années, ayant un stipe de un mètre, a résisté sans dommages à -15°C par temps de neige.

Gardenia jasminoides
... Un sujet en pleine terre depuis six ans dans la région de Toulon  a supporté, sans protection et avec vent, des pointes de froid en fin de nuit de -7°C, sans aucun dommage. Il a fleuri (peu) mais n'a pas fructifié. Au cours de la vague de froid exceptionnelle de la fin d'hiver 2005, la température a chuté à  -10°C à deux reprises, espacées d'une semaine, en fin de nuit, de façon brève. Le sujet a subi une défoliation complète et a perdu (en totalité ou en partie) de nombreux rameaux. Toutefois, il a refait des feuilles au milieu du printemps sur les rameaux (ou portions de ceux-ci) qui n'ont pas gelé. Il n'a pas fleuri, mais présentait en fin d'été une allure très saine (une fois le bois sec coupé...).
... E
n Ile-de-France, à 20 km à l'est de Paris, un sujet âgé de 25 ans, de1,5 m de haut et 2 m de diamètre, prospère en pleine terre et fleurit abondamment chaque année. Il est en situation protégée (entouré de bâtiments) et a supporté malgré quelques dégâts les hivers rigoureux de 1985 et 1986.

Cornus capitata
... Au cours de l'hiver 2004/2005, à Cotignac, dans le Haut Var, 200 m d'altitude, un Cornus capitata (sempervirens à fruits ornementaux et comestibles, réputé de moyenne rusticité), âgé de quatre ans et demi et haut de deux mètres, a subi quatre nuits consécutives avec températures à -9°C. Puis, le 1er et le 2 mars 2005, il a enduré des chutes de température exceptionnelles à  -12°C. Après chacun de ces épisodes, aucun dégât, et surtout aucune perte de feuilles, n'ont été constatés sur cet arbuste, d'allure très saine. Il est placé dans un endroit du jardin abrité des vents froids dominants, mais n'a bénéficié d'aucune protection artificielle. Observations effectuées pour tous les jours concernés : températures négatives de 18h la veille à 10 h le matin, puis variant ensuite de 6°C à 10°C dans la journée.
... Point sur le spécimen précité mi-juillet 2010 :  planté très petit (environ 15 cm) à l'automne 2000, il a fleuri pour la première fois ce printemps et porte actuellement quelques fruits (non encore mûrs). Il mesure environ 2,50 m et a très bien résisté à tous les hivers de Cotignac (-12°C certaines nuits, -10°C et une journée complète de gel cette année). 
... Pour les non praticiens de cette espèce, nous pouvons aussi préciser qu'en climat méditerranéen à été très sec, comme c'est le cas dans le Var,  le Cornus capitata présente en été une allure moins saine, en raison du manque d'humidité de l'air qui provoque un déssèchement partiel des feuilles ; il doit en outre faire l'objet d'arrosages suivis car il peut, si le sol est trop sec, perdre une grande partie de son feuillage. Cette précision, recoupée par plusieurs observateurs différents, est valable pour des individus en exposition plein soleil, retenue pour un maximum de fructification. Nous n'avons pas, pour l'instant, d'observations de comportement estival en exposition à l'ombre, ni d'expérience sur l'éventuelle incidence sur la fructification d'une telle exposition.

Aristotelia chilensis
Le Maqui (Aristotelia chilensis) est un fruitier sauvage (baies comestibles) originaire du Chili. Souvent considéré comme très gélif, il s'avère plus rustique dans les faits. Un spécimen a été installé il y a une dizaine d'années au jardin botanique de Strasbourg, dans un endroit abrité des vents du nord. Durant l'hiver, sa base est protégée sur 50 cm de hauteur avec des feuilles mortes. Néanmoins, quand les températures atteignent les -8° à -10°C, il est rabattu au niveau du sol. Mais il rejette vigoureusement de souche et fructifie presque tous les ans.

Fuchsia procumbens
Dans la littérature et sur Internet, cette espèce est donnée comme peu rustique (seuil de rusticité de l'ordre de -5°C). Ce n'est pas ce que je constate dans le département des Vosges, en région de plaine, où les hivers sont assez rudes. Un plant de Fuchsia procumbens résiste depuis cinq ans en pleine terre dans un endroit soumis aux vents dominants, avec seulement quelques feuilles pour le protéger l'hiver. Il jouxte le tronc d'un arbre d'un diamètre de 20 cm, mais celui-ci se situe à côté de lui par rapport aux vents dominants et non devant. Chaque année, ce pied repousse de la souche et émet rapidement de grandes pousses robustes, qui atteignent plus de 30 cm de longueur et  fleurissent dès le mois de juillet. Il a même résisté à la vague de froid exceptionnelle de l'hiver 2005, qui a fait descendre la température à -23°C pendant toute une nuit, fin février... Il a fleuri (peu) dans les mois qui suivirent, sans fructifier. La floraison et la fructification ne sont pas très abondantes après les hivers rudes, mais il arrive certaines années aux hivers plus doux (si on peut les nommer ainsi...) qu'il se couvre de fruits.

Rhus lancea
... Un exemplaire de ce grand sempervirens au très beau feuillage fin, dense et vert bleuté, originaire d'Afrique du Sud, prospère en pleine terre depuis 15 ans dans la région de Toulon. Haut de 3,5 m et large de 4 m, il  a supporté, sans protection et avec vent, des pointes de froid en fin de nuit de -7°C, sans aucun dommage. Il fleurit régulièrement, mais n'a pas fructifié, sans doute en raison d'une dioécie de l'espèce, non encore vérifiée.
... Au cours de la vague de froid exceptionnelle de la fin d'hiver 2005, la température a chuté à  -9°C à deux reprises, espacées d'une semaine, en fin de nuit, de façon brève. Le sujet n'a subi aucun dégât et a conservé intacte sa beauté des jours d'été...
 

Fruits de Passiflora caerulea
Cette passiflore à fleurs bleues est la plus commune en France et produit des fruits de couleur orange dont la pulpe rouge est comestible, mais sans valeur gustative pour la plupart des personnes. Elle se situe au deuxième rang dans l'échelle de résistance au  froid, parmi les espèces de passiflores que l'on peut cultiver en France  ; la première étant Passiflora incarnata, espèce herbacée originaire d'Amérique du Nord  qui produit des fruits verts à la pulpe blanche plus consistante et assez savoureuse.
... Mont de Marsan, fin novembre 2006. Après quatre gels nocturnes consécutifs de -4°C à -2°C, en faisant un tour au jardin, j'ai constaté la présence de quelques derniers fruits mûrs de Passiflora caerulea. Ils n'avaient pas subi de dégâts ; la pulpe de celui que j'ai consommé était douçâtre et peu goûteuse, donc normale pour le fruit de cette espèce. Le lendemain matin, gel de -6°C. Au cours de  l'après-midi  (température +6°C), je suis allé revoir ma passiflore ; il restait deux fruits sur la plante. L'un, de couleur orange, donc mûr, avait gelé au niveau de l'enveloppe ; par contre la pulpe n'avait pas souffert et demeurait consommable. Le deuxième, de couleur vert/orange, donc non complètement mûr, n'avait subi aucun dégât, ni au niveau de l'enveloppe, ni au niveau de la pulpe.
... Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2007, les fruits encore présents, tous mûrs, du même pied de Passiflora caerulea ont subi un gel de -8°C, avec dégel dans la journée. Je les ai récoltés le 16 novembre, dans l'après-midi. Constat : l'enveloppe est molle et fripée (
photo 1)  ; la pulpe, non altérée, reste tout à fait consommable (photo 2).

Morus macroura
Morus macroura est un mûrier qui produit des fruits pouvant dépasser 10 cm de long. Selon les clones, généralement nommés de façon indifférenciée 'Pakistan', les fruits sont violets ou blancs et sont plus ou moins longs. La rusticité de l'espèce prête à confusion, peut-être d'ailleurs en raison de cet amalgame dans le nom des variétés. Certains auteurs la classe comme résistante en zone USDA 8, d'autres en zone USDA 6... Mais nous n'avons jamais trouvé dans la littérature spécialisée de comptes rendus de culture avec des températures précises. Nous livrons l'observation la plus extrême qui nous ait été rapportée jusqu'à présent : en Haute-Savoie, près de la frontière suisse, un spécimen âgé de trois ans de la variété 'Pakistan Red', provenant de la pépinière Edible Landscaping (USA), a résisté au long hiver 2005-2006, en supportant des températures atteignant  -14°C, non protégé et en plein vent.

Crataegus azarolus 'White Italian'
Je vis à Göteborg, en Suède. Il y a deux ans, j'ai greffé un plant du cultivar à fruits jaunes d'azérolier (Crataegus azarolus) nommé 'White Italian' et bien connu des membres de notre confrérie. Je l'ai planté l'année dernière dans un endroit qui est protégé des vents froids venant du nord et de l'est. Il avait une hauteur d'un mètre environ. En même temps que 'White Italian', j'avais greffé un second plant d'azérolier (cutivar non nommé, produisant de gros fruits rouges, sélectionné par une pépinière française du littoral méditerranéen). Ce second individu, également haut d'environ un mètre, fut planté à une dizaine de mètres du précédent, dans un endroit abrité des vents.  On peut considérer que les deux plants, de même âge et d'égale vigueur, jouissaient d'expositions quasi identiques. Cet hiver fut exceptionnellement froid et les températures sont restées négatives pendant plus de deux mois et demi. La couverture neigeuse fut importante, atteignant jusqu'à 75 cm. Nous avons connu un grand nombre de nuits avec des températures inférieures à -15°C, dont une nuit record à -19°C. Beaucoup de mes  sujets en collection  périrent, parmi lesquels des Vitis, Cudrania, Broussonetia, Ficus etc. A ma grande surprise, les conditions précitées furent parfaitement supportées par le plant de  Crataegus azarolus 'White Italian'. A la sortie de l'hiver, il était en pleine santé, même en ce qui concerne la partie supérieure de la plante qui était au dessus de la couverture neigeuse (laquelle, on le sait, joue un rôle atténuateur des effets du gel). Par contre, j'ai observé en Janvier de graves dégâts sur le deuxième plant d'azérolier, et j'ai constaté en Mars qu'il était mort. Ceci semblerait indiquer que 'White Italian' pourrait être plus rustique que d'autres cultivars d'azérolier. Il sera intéressant d'observer attentivement son comportement futur lors d'hivers rudes, sur un nombre d'années significatif pour se forger une opinion de sa réelle rusticité. Les lecteurs intéressés trouveront par ailleurs sur notre site une description  avec photos de ce cultivar méritant.

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