FRUITIERS MEDITERRANEENS et SUBTROPICAUX
Ficus
carica (figuier)
... La variété de figuier 'Brown Turkey' est
réputée parmi les plus rustiques. Un spécimen de cette
variété,
que l'on peut qualifier de forme locale car il a été multiplié
et élevé sur place, a résisté en Bulgarie à un froid de -18°C
sans aucun dommage.
... Dans le département des Vosges,
en région de plaine, la vague de froid hivernale exceptionnelle
de 2005 a engendré une longue période de températures très
basses au cours de laquelle le minimum de -23°C a été atteint
fin Février, pendant
une nuit entière. Une jeune cépée de figuier, composée de 5
rejets d'une hauteur de 1,5 m et d'un diamètre de l'ordre de
1 cm seulement, prélevée au pied d'un arbre adulte dans
la région de Valence (Drôme), venait d'y être plantée l'automne précédent, dans un endroit non protégé des vents dominants et ne bénéficiant
pas d'abri naturel. Une épaisseur de 20 cm de fumier avait
simplement été épandue en surface autour de sa base, pour
protéger la souche. La nuit du minimum enduré, une
couche de 10 cm de neige recouvrait en outre le sol.
La cépée a survécu à cet épisode; les rameaux ont été rabattus
à une hauteur variant entre 15 et 20 cm et ont réémis des pousses
au printemps. Le pied-mère est une variété à figues blanches,
dont le nom est inconnu de ses propriétaires et de notre
confrère planteur
vosgien, mais elle semble assez répandue dans la Drôme. Nous enquêtons
pour essayer de savoir s'il s'agit d'un cultivar connu et nous
mettrons le cas échéant en multiplication cette variété qui
vient de prouver sa rusticité, même si la double
couche fumier et neige a bien sûr joué un rôle protecteur.
Olea
europaea (olivier)
... D'après l'un de nos confrères,
qui exerçe de nombreuses responsabilités au sein de la filière
oléicole française et qui détient une très riche collection-conservatoire
de variétés d'Olea europaea, la variété la plus rustique est
'Moufla' (appelée aussi 'Mouflal'), originaire de l'Hérault,
en France, qui résiste à - 23°C en plant adulte.
...
Dans le Nord de la Grèce, la
température est descendue exceptionnellement à -20°C en
Décembre 2001. Dans une plantation d'oliviers où l'on effectuait
des expériences d'interpollinisation avec un large échantillonnage
de variétés, la plupart de celles-ci ont péri, mais six d'entre-elles
ont survécu sans aucun dégât et ont fructifié normalement en
2002. Nous n'en connaissons pas les noms, mais nous essayons
d'en savoir plus avec le correspondant qui a rapporté
cette observation et qui a pris des photos in situ après le
coup de froid.
Diospyros
kaki (plaqueminier du Japon)
... En janvier 1987, dans le
département des Landes, quelques semaines seulement après sa plantation,
un jeune plaqueminier du Japon a résisté sans séquelles à une journée
de froid à -15°C, se situant dans une période de huit jours consécutifs
sans dégel.
... A Mont-de-Marsan, pendant l'hiver 1985, la température
a chuté à -19°C sans que les plaqueminiers du Japon ne subissent de dégâts.
...
Dans un article paru il y a quelques années, l'association "Les
Croqueurs de Pommes", présentait la photo d'un Diospyros kaki centenaire,
haut de 15 m et portant plus de 100 kg de fruits, situé à Nancy, 55 avenue
de la Garenne. Il avait donc traversé les hivers exceptionnellement
froids de 1956, 1985 et 1986 dans la belle région de Lorraine que
l'on ne peut qualifier toutefois de zone à climat doux.
Eriobotrya
japonica (néflier du Japon)
Extrait de l'article "Modalités
de croissance et systèmes de reproduction du néflier du Japon (Eriobotrya
japonica Lindl.)", publié dans la revue Fruits, vol.32, n°2 en 1977 et
signé des professeurs P. Rivals (Université Paul Sabatier de Toulouse)
et R. Assaf (Centre Volcani, Bet Dagan, Israël) :
"Plusieurs auteurs
signalent que les fleurs du néflier du Japon gèlent au dessous de -5°C.
En fait, leur résistance au froid est supérieure, elle atteint -8 à -10°C.
Celle des rameaux atteint -11 à -12°C. Au printemps, des gelées tardives
peuvent tuer les jeunes feuilles. L'apex protégé par son duvet est moins
affecté. A Toulouse, durant le très grand froid de Février 1956, où le
thermomètre oscilla pendant vingt jours entre -15 et -17°C, tous les néfliers
du Japon sont morts jusqu'à la racine. Si ces froids sont de courte durée,
ils affectent seulement les branches."
Punica granatum (grenadier)
.... En 1985, un grenadier de la variété 'Gabès', originaire de Tunisie, a supporté
un froid de -16°C à Montélimar, sans autre dégât que la perte
de bouts de rameaux. Un spécimen de la variété 'Fina Tendral', originaire
d'Espagne, qui le jouxtait, a dû être recépé à un mètre et est bien reparti.
....
Un
grenadier de variété inconnue ramené d'Italie a subi une période de gel
tardif de -14°C pendant deux semaines, en Haute-Savoie. Il n'a pas fleuri
pour la saison considérée, mais a bien supporté l'épreuve, avec seulement
quelques rameaux gelés.
.... En 1987, en Seine-et-Marne, un grenadier de
variété non déterminée, alors assez jeune, a résisté
sans le moindre dégât à deux nuits avec une température de -17°C, situées
dans une période de 12 jours consécutifs de gel. Aujourd'hui, il est âgé d'une vingtaine
d'années. Il a fleuri tous les ans, mais n'a jamais fructifié, même au cours
de la saison 2003 où la canicule fut exceptionnellement forte et longue.
L'observation
d'une floraison régulière est intéressante, mais l'absence de fructification
n'est pas significative car le caractère inerme et la faible taille (deux
mètres) du sujet semblent indiquer qu'il s'agit vraisemblablement d'une
variété stérile (dite "à fleurs").
Acca sellowiana
(feijoa)
... Lors de l'hiver 2001, deux feijoas adultes ont
résisté dans la région de Pamiers, en Ariège, à une température diurne de
-12°C survenue au cours d'une période de quinze jours consécutifs de
gel.
... Charles Baltet, dans son ouvrage "La pépinière" (Masson
et Cie éditeurs, 1903), signale qu'en Touraine un feijoa a supporté -12°C
sans abri, à l'angle d'un mur au sud-ouest, chez Edouard André
(rédacteur en chef de la Revue Horticole).
... A Chatellerault,
en Décembre 1996, deux exemplaires de feijoas, l'un issus de
semis et l'autre greffé de la variété 'Mammouth', ont enduré
-14 °C au cours d'une semaine pendant laquelle les
gels ont été toutes les nuits très proches de cette température.
Ils n'ont été affectés que de quelques dégâts mineurs et fructifient
depuis tous les ans.
... Record absolu : Dans la même région,
et constaté par le même observateur (paysagiste de profession) en
plein champ d'une pépinière, plusieurs sujets
ont subi lors de l'hiver exceptionnel de 1985, une pointe
à -20°C, au sein d'une semaine de gels oscillant entre
-15°C et -17°C (Janvier). Ils étaient âgés de six ans et mesuraient 1,50
m de haut. Tous les sujets ont été complètement défoliés.
Ils ont perdu entre un tiers et la moitié de leur branchage,
selon les cas, tout en conservant un aspect présentable. Ils
ont tous survécu à cet épisode...
... Observation sur la
rusticité des fruits : Le Samedi 19 Novembre 2005, à Mont-de-Marsan,
la température matinale a atteint -4°C et a été suivie
le lendemain (le matin également) d'une température de
-2°C. Les fruits des feijoas ramassés après cette double gelée
n'avaient subi aucun dommage.
Opuntia ficus-indica (figuier de Barbarie)
... Sur le littoral varois, en plaine ventée, des figues de Barbarie ont subi un gel de nuit de
-4°C, peu après Noël 2003, sans aucune altération externe. L'aspect et la texture
des fruits étaient tout à fait normaux une semaine après. L'un des fruits, consommé le 3 Janvier
2004
à titre de test, n'a révélé aucune altération interne et a dénoté un bon
goût de fruit mûr, sans trace de surmaturité. Fin Février, il persistait
toujours un fruit sur la plante lorsqu'un coup de froid nocturne
est survenu (-6°C). Le 11 Mars, soit deux semaines après, le fruit était toujours
sur la plante et a été consommé à titre de nouveau test car il présentait
une teinte assez foncée, quoique normale. A la dégustation, goût et texture
de fruit très mûr, avec ébauche de surmaturité expliquant la teinte foncée.
Cette observation nous éclaire à la fois sur la rusticité
des fruits et sur leur durée
de conservation sur la plante.
... Dans le même lieu de plantation, la
vague de froid exceptionnelle (même si elle n'a pas été comparable
aux hivers historiques de 1956 ou 1985), qui a touché la France
de façon variable et asynchrone, selon les régions, en Février-Mars
2005, a fait chuter la température à -9°C ou -10°C selon les
parcelles. Tous les fruits encore sur les plantes ont éclaté
et sont tombés au sol. Par contre, les pieds d'Opuntia ficus-indica,
répartis dans différentes parcelles, bien établis, porteurs
de ces fruits, n'ont subi aucun dégât. Il faut noter
toutefois, que seuls deux coups de froid nocturnes à ces températures
extrêmes ont été enregistrés, qu'ils ont été brefs, espacés
d'une semaine et sont intervenus
sur sol sec, après une période sans pluie de près de deux mois
(facteur favorable pour les Cactées, pour lesquelles l'humidité
du sol et l'apport d'eau diminuent la résistance au froid).
...
Au même endroit et pendant la même période, dans une parcelle
ayant enregistré -10 °C, au sein d'une collection
de variétés d'Opuntia ficus-indica en cours de constitution, deux sujets de hauteur
inférieure à 1 mètre
ont souffert d'altérations de jeunes
raquettes,
mais ils sont restés en bonne santé. Les autres variétés, de même
hauteur ou de hauteur moindre, n'ont subi aucun dommage.
...
Le 1er
et le 2 Mars 2005, à Cotignac, dans le
Haut Var, 200 m d'altitude, un sujet d'Opuntia ficus-indica,
planté en cours d'été 2004, sous forme d'une souche semi-lignifiée
portant quatre fortes raquettes, a enduré
des chutes nocturnes de température exceptionnelles à -12°C.
Les températures ont été négatives de 18h la veille à 10 h le
matin, les deux fois. La plante a perdu deux raquettes
(situées au plus haut ), mais est restée en bonne santé et a
réémis cinq nouvelles raquettes au printemps.
Butia
capitata
... A Plovdiv, en Bulgarie, dans le jardin
d'essais d'une pépinière spécialisée dans les plantes rustiques
d'aspect exotique, un jeune Butia
capitata a résisté au cours de l'hiver 2000 à un gel de -11°C,
avec toutefois de graves brûlures de palmes.
... Le 1er
et le 2 Mars 2005, à Cotignac, dans le
Haut Var, 200 m d'altitude, un Butia capitata âgé de cinq ans a enduré
sans aucun dégât des chutes nocturnes de température exceptionnelles à -12°C.
Les températures ont été négatives de 18h la veille à 10 h le
matin, les deux fois.
Fruits
de Butia
capitata
Le samedi 10 novembre 2007, il a fait -3°C à Mont de Marsan.
Après cette température, précédée au cours de la semaine de gels moins sévères (-1 et -2°C), les fruits non
complètement mûrs d’un Butia capitata n’ont subi aucun dommage.
La
photo prise le lundi 12
novembre en atteste.
Toutefois, il est important de noter que ce palmier se situe en pleine
ville, dans un jardinet devant la façade d’une maison à
un étage, orientée pratiquement plein sud. Il
bénéficie donc d’un micro-climat favorable.
Prunus salicifolia
(capulin)
Dans la littérature spécialisée, le capulin (Prunus salicifolia)
est présenté comme un cerisier constituant une espèce aux exigences subtropicales,
voire tropicales pour certains auteurs. Il s'avère en fait bien plus rustique.
En Vendée, un jeune sujet (cinq ans,1,5 mètre de haut) a résisté en 1997
à une nuit à -12°C survenant au cours d'une période de plusieurs jours de
gel consécutifs, avec pour seule conséquence une défoliation complète. Aucun
dégât de tronc ou de rameaux. Ayant bien supporté cet épisode et plusieurs
autres gels de moins forte intensité les années suivantes, il fructifie
désormais. Lorsque la température s'abaisse par trop, il perd une partie
de son feuillage, comme c'est le cas pour de nombreux sempervirens fruitiers
de rusticité moyenne.
Psidium littorale
et Psidium cattleyanum
... Psidium littorale Raddi. (fruits jaunes) et
Psidium cattleyanum Sab. (goyavier de Cattley ; fruits rouges) sont
parmi les plus rustiques des fruitiers subtropicaux que nous avons testés,
devancés seulement par Eugenia guabiju.
Dans la région de Toulon, en plaine ventée, ces deux espèces ont résisté toutes
deux sans protection à des pointes en fin de nuit de -7°C
(de courte durée), survenues pendant trois hivers (une à deux fois
par hiver) au cours de dix années consécutives. Pour évaluer cette rusticité,
quatre groupes de deux sujets (un de chacune des espèces précitées, placés
à proximité l'un de l'autre) ont été répartis en divers points du
terrain d'expérimentation.
... Les années où cette température minimale
a été atteinte, la défoliation a été importante ou quasi-totale selon les
sujets, mais la floraison et la fructification ont pu avoir lieu, de
façon plus ou moins marquée selon les sujets. Il faut noter par
ailleurs que
lorsque la température atteint quelques degrés négatifs, le feuillage rougit
et une défoliation partielle peut être observée. Le reverdissement et la
repousse des feuilles s'effectuent assez rapidement au printemps qui suit.
La floraison et la fructification ne sont pas affectées.
... Psidium littorale peut
sembler légèrement plus rustique
que Psidium cattleyanum. En effet, ses feuilles commencent à rougir à des
températures plus basses que celles qui provoquent le rougissement des feuilles
de Psidium cattleyanum. Ceci est surprenant, car ce sont ses fruits,
jaunes et le plus fréquemment plus gros que ceux de Psidium cattleyanum, qui
se rapprochent le plus de ceux du goyavier vrai (Psidium guajava). L'observation
relatée ci-après paraît toutefois contraire à cette hypothèse.
...
En effet, tous les exemplaires (sauf un) de Psidium littorale et Psidium cattleyanum ont été
rabattus au sol par les deux pointes sévères de froid de -9°C ou -10°C, selon
les parcelles, endurées exceptionnellement en 2005, une en fin Février et l'autre
début Mars. Ils sont tous repartis vigoureusement de souche, dès le printemps. C'est
un sujet
de Psidium cattleyanum, bien protégé du mistral par un Laurus
nobilis de cinq mètres de largeur, qui n'a subi que des dégâts de rameaux
(charpentières intactes) et une défoliation totale. La
repousse des feuilles et de nouveaux rameaux s'est effectuée
normalement au printemps. Mais, comme tous les sujets rabattus
au sol, il n'a pas fleuri,
donc pas fructifié, l'année concernée.
... Le 1er
et le 2 Mars 2005, à Cotignac, dans le
Haut Var, 200 m d'altitude, deux jeunes sujets (Psidium littorale et Psidium cattleyanum) ont subi
des chutes nocturnes de température exceptionnelles à -12°C.
Les températures ont été négatives de 18h la veille à 10 h le
matin, les deux fois. Les deux sujets ont été rabattus au
sol, mais sont repartis de souche courant Avril, toutefois avec
une vigueur moyenne. Ils n'ont pas fleuri, donc pas fructifié, dans
la suite de l'année.
Dovyalis
caffra
N'ayant vu de beaux exemplaires d'Abéria (Dovyalis caffra)
qu'aux jardins botaniques de Val Rameh, à Menton, et Hanbury, près de
Vintimille, qui jouissent tous deux d'un microclimat exceptionnellement
doux, je me suis interrogé sur la rusticité réelle de cette espèce. J'en ai introduit,
en trois fois, cinq pieds dans mes plantations
du littoral varois. Par
goût de l'expérimentation, je les ai disposés en ligne, espacés de trois mètres,
dans une parcelle plate et ventée, face au Mistral, sans protection, et
les ai conduits en tronc unique. L'expérience a duré 14 ans et aucun des cinq individus testés n'a fleuri.
...
L'ensemble a supporté des températures de
-3°C à -5°C l'année de leur plantation sans dégats notables, ainsi
qu'une pointe à -7°C survenue en fin de nuit alors qu'ils avaient
entre trois et sept ans, avec défoliation
complète et dégâts divers de branchage.
....Des gels de -5°C de courte durée
ont été également supportés les années suivantes, avec défoliation complète
ou partielle selon les sujets.
... L'hiver 2004, un gel de -6°C, sans doute
couplé à des conditions de vent plus défavorables, a tué deux
des sujets, agés de sept ans et qui avaient été importés d'Afrique du Sud
hauts de 0,80 m. Un troisième sujet, agé de 11 ans et issu d'un semis de
fruit d'origine Val Rameh, a été rabattu au sol mais est reparti
vigoureusement en touffe. Deux sujets âgés de 12 ans et obtenus à partir de noyaux fournis par un jardin botanique californien ont bien
résisté, avec défoliation partielle pour l'un et défoliation totale et perte
de rameaux pour l'autre. Les deux spécimens les plus résistants étaient hauts de 1,60 m.
...
En fin Février-début Mars 2005, la vague de froid exceptionnnelle
qui a frappé la France a fait chuter la température à -10°C,
au cours de deux nuits espacées d'une semaine, dans la
parcelle où se trouvaient les trois individus restants. Bien que le froid
maximal enduré ait été de courte durée et accompagné de
journées relativement chaudes, les deux exemplaires d'origine
californienne
n'ont pas résisté. L'exemplaire originaire de Val Rameh, âgé
de 12 ans et dont la touffe repartie du pied l'année précédente
avait atteint une hauteur de près de 1 m, a été gelé jusqu'au sol,
mais a repris sans vigueur et a reformé une petite touffe quatre
mois mois
plus tard seulement.
... En fin Décembre 2005, une nouvelle
attaque de froid exceptionnelle a eu lieu (-9° C sur la parcelle concernée).
Le survivant, gelé entièrement au dessus du sol, n'est toujours pas reparti de souche
début Mai
2006. Sans doute
fragilisé par son épreuve antérieure récente, il paraît avoir
succombé.
... Mi-Septembre 2006, surprise lors d'un passage
dans la parcelle abritant la plante considérée comme morte ;
une reprise de souche s'est effectuée dans le courant
de l'été, des pousses vertes et foliées de 30 cm environ
sont désormais visibles. A titre sentimental,
j'ai fait transplanter le rescapé à l'abri par rapport au mistral,
derrière une paroi de serre à ciel ouvert.
...
L'expérience a touché à sa fin.
Annona
cherimolia
De la mi-Février à la fin de la première
décade de Mars 2005, selon les régions, la France
a connu une vague de froid exceptionnelle, qui, sans atteindre
le caractère historique des années 1956 ou 1985, a fait passer
pour quelques jours la plupart des plantations en zone
(ou demi-zone) climatique USDA immédiatement inférieure à celle
dont elles relèvent habituellement. Ainsi, en Corse,
la région côtière de la Balagne, qui est classée en zone 9b, a
connu
un épisode de froid inhabituel de trois semaines, incluant neuf
jours de neige persistante, des
gels de -5°C certaines nuits et des températures
diurnes oscillant entre seulement 6 et 8°C. La température a même atteint le
niveau exceptionnel
de -5,6°C (une seule nuit). Il s'agit de températures nocturnes
de
zone 9a. Deux plants
de chérimoliers (Annona cherimolia),
originaires du Sud de l'Espagne, avaient été soigneusement plantés en Septembre
2004, alors que leur taille était d'environ 1,80 m. Bien qu'exposés
plein sud et abrités des vents dominants par des arbres, ils
ont succombé tous les deux. Cette observation rejoint celles de R.
Vogel, l'un des éminents spécialistes qui
a longuement exercé à la Station de Recherches Agronomiques de
l'INRA (SRA) de San Giuliano, en Corse,
rapportées dans son article
"L'acclimatation en Corse de quelques fruitiers exotiques",
paru dans la revue "Fruits", vol. 37, n°3, 1982.
Nous citons l'extrait concerné in extenso : "Le chérimolier
a été introduit à plusieurs reprises à la SRA mais chaque fois
les arbres ont été détruits par le gel. Les derniers survivants
n'ont pas résisté au froid de Janvier 1979. On peut donc considérer
que cette espèce est trop sensible au froid pour être cultivée
en Corse".
Eugenia
guabiju
Cette Myrtacée, originaire d'Argentine
et dont le nom d'espèce est son nom indien, s'avère la
plus rustique parmi les fruitiers des genres Eugenia, Luma
et Syzygium (tous trois très proches, et
souvent synonymes selon les époques et les auteurs...), que nous
avons testés. Un sujet âgé de 14 ans, prélevé
à l'état de plantule issue d'un semis spontané au Jardin Hanbury,
près de Vintimille, a résisté sur le littoral varois à
deux chutes exceptionnelles de température à -10°C, fin Février et début Mars
2005. Il n'a subi qu'une défoliation partielle et quelques légers
dégâts de rameaux. Haut de 1,20 m, il est abrité du mistral
par une haie d'Elaeagnus x ebbingei d'environ 2 m, située à
quatre mètres de lui, derrière laquelle il venait d'être transplanté
au printemps 2004. Il avait, depuis sa plantation initiale, supporté
à un autre endroit, en plein vent et sans aucune protection,
-7°C à trois reprises, avec simplement un rougissement
du feuillage. A titre de comparaison, à ses côtés, lors des
deux chutes à -10°C précitées, une Eugenia myrtifolia plus
jeune mais haute de 1,50 m a été tuée et une Eugenia
smithii, également plus jeune mais haute de 1,80 m, a été rabattue
au sol et est repartie faiblement de souche au printemps (cette
dernière espèce est pourtant considérée comme l'une des plus
rustiques du genre...).
Diospyros
lycioides subsp. guerkei
Ce sempervirens est une
espèce dioïque originaire d'Afrique du Sud. Elle est sensible au froid de la zone USDA 9a
seulement dans son jeune âge. C'est ce que m'avait dit un confrère conservateur
d'un jardin botanique d'Université et c'est ce que j'ai constaté moi-même.
En effet, dans
la région de Toulon, mon exemplaire conduit en gobelet-buisson sur tronc
unique de 1 m, âgé de sept ans, haut de 2 mètres et
ayant déjà fleuri, avait résisté sans protection à -7°C
(courte durée), avec une défoliation partielle seulement. C'est le vent qui l'a abattu,
en le brisant complètement au ras du sol lors d'une tempête, au cours de
l'hiver 2002/2003. Depuis j'observe le comportement du
nombre important
de rejets qui sont réapparus au printemps 2003.
J'ai constaté, lors des deux attaques de
froid exceptionnelles à -8°C de fin Janvier-début Février 2004 que les rejets, qui mesuraient 80 cm, ont été complètement défoliés et
ont pris une teinte blanchâtre. Mais la plus grande partie d'entre eux ne
sont pas morts, et, au printemps suivant, leurs tiges ont repris leur teinte
brune normale et les feuilles sont bien réapparues (pas de floraison
toutefois).
Début décembre 2005, la touffe a supporté -6°C sans que les rejets du dessous, protégés par les rejets courbés du
dessus de la touffe, ne perdent leurs feuilles. Seuls les rejets du dessus,
directement exposés au vent, ont été défoliés et ont pris une teinte blanchâtre.
En fin Décembre 2005 une nouvelle
attaque de froid exceptionnelle a eu lieu (-9° C sur la parcelle concernée;
c'est une température de zone USDA 8b...). Tous les rejets ont été défoliés, ceux de
dessous ont aussi perdu leur feuilles et pris une teinte blanchâtre.
Début Avril 2006, la quasi-totalité des rejets ont
repris leur teinte brune et un vigoureux rejet central commence à émettre des feuilles.
Le résultat semble encourageant et me conduit à tuteurer
en tronc unique (quart de tige) le plus vigoureux des
rejets, qui s'y prête bien, et à décider de regrouper les autres rejets,
au début
de l'automne suivant, en
touffe un peu plus loin. Ceci afin de poursuivre les
observations de rusticité en comparant les deux modes de conduite
de ce fruitier sempervirens.
Début Mai 2006, constat négatif
: Seul le rejet vigoureux tuteuré développe son feuillage. L'ensemble
des autres rejets sont secs au dessus du niveau du sol. Et aucun
signe de rédémarrage de souche...
Le 7 Juin suivant, lors d'une inspection détaillée, bonne
surprise : Au pied de chacune des tiges sèches, sont réapparus
des rejets bien verts et feuillus d'une vingtaine de centimètres
de haut. L'expérience semble pouvoir se poursuivre sous de meilleurs
auspices. Je vais tailler les tiges sèches en espérant que le
prochain hiver sera plus doux et que la partie aérienne
de la touffe se maintiendra.
En fin d'été 2006 et au printemps 2007, j'ai
essayé de transplanter un peu plus loin, en touffe
isolée, les rejets autres que celui très vigoureux conduit
en quart de tige, pour pouvoir observer ultérieurement la rusticité sous les deux
modes de conduite. Opération sans succès, car lorsque nous nous attaquons à l'importante touffe que constitue maintenant
mon sujet en collection (l'hiver doux 2006/2007 n'a provoqué aucun dégât sur
la touffe, qui a grossi), nous
n'arrivons pas à extraire des rejets racinés.
Les rejets qui étaient accessibles et que nous
avons séparés du groupe, soit en motte, soit en racines nues, les deux années
consécutives, n'avaient pas de racines, même ceux de fort
calibre...
J'ai donc décidé d'abandonner cette tentative.
Par contre,
j'avais entre-temps obtenu de mon confrère conservateur du jardin
botanique d'Université, dont j'ai parlé supra, un jeune plant bien
démarré de la même sous-espèce, pour essayer d'avoir le couple.
Après
deux ans d'élevage en container mis à l'abri pendant l'hiver, il a été planté
au printemps 2008 en pleine terre et est conduit en gobelet-buisson sur tronc de 0,80 m.
Je pourrai donc quand même atteindre mon objectif de comparaison de rusticité
sous les deux modes de conduite. A suivre...
Plantes
à fruits comestibles testées et n'ayant pas survécu en zone
climatique USDA 9a
Les
tests ont été réalisés avec des plants de deux à trois ans ans en
plaine du littoral varois : Pleine terre, plein vent, sans
protection hivernale artificielle et le plus souvent sans protection
naturelle. Les sujets sont morts par manque de rusticité entre –
2°C et – 7°C, subis sur de très courtes périodes (le plus souvent une
seule nuit, quelques heures en fin de nuit).
...
Annona cherimola
...
Carica quercifolia (l'espèce la plus rustique du genre
Carica)
...
Carissa species** (grandiflora
; grandiflora var. depressa ; bispinosa)
...
Ceratonia siliqua* (son cultivar 'Lasithi', originaire de Crête
et réputé plus rustique que le type, ne meurt pas mais
est rabattu au sol à -6°C et repart vigoureusement de souche au
printemps...).
...
Citrus medica var. sarcodactylis
...
Cyphomandra betacea
...
Eugenia myrtifolia*
...
Eugenia uniflora**
... Macadamia tetraphylla
...
Passifora species (edulis** ; edulis 'Sunnypath' greffée sur caerulea**
; edulis f. flavicarpa ; antioquiensis ; mollissima
et
ligularis)
...
Persea americana
(variétés 'Bacon'**, 'Fuerte'**, 'Hass', 'zutano'**)
...
Physalis peruviana*
...
Pouteria lucuma
...
Psidium guajava
...
Raphiolepis indica **
...
Rhodomyrtus tomentosa**
...
Sechium edule*
...
Solanum species (muricatum ; sisymbriifolium** ; quitoense)
...
Syzygium species (jambos ; cumini)
Certains clones des espèces repérées par un astérisque se
sont montrés rustiques en zone USDA 9a, avec protection des vents dominants par une haie ou plantation sous canopée.
Celles avec deux astérisques (tuées entre -5 et -7°C, sans aucune
protection naturelle) méritent
d'être retestées conduites en forme basse, abritées par une
haie des vents dominants et adossées à un bloc minéral (test en
cours pour certaines d'entre-elles...).