Multiplication

Accueil Connaître/PratiquerMultiplication

 ---------- Semis ----------

Remarque générale sur la pratique du semis pour les fruitiers rares
La multiplication par semis n'est pas appropriée aux fruitiers rares dans la plupart des cas. En effet, ce mode de multiplication entraîne, sauf exceptions, la perte des caractéristiques de la plante mère (le génotype contenu dans la graine n'étant pas identique à celui de la plante mère). Il y a donc perte de la variété ou de la forme sauvage sélectionnée. En particulier, ceci implique que les attributs qui font de la plante mère un fruitier rare ne se retrouvent pas, ou en partie seulement, dans le sujet obtenu de semis. Le fruitier rare est donc perdu...  Cas où le semis peut être utilisé : obtention de porte-greffes francs ; fruitiers sauvages ou ornementales à fruits comestibles n'ayant pas donné lieu à sélection variétale ; agrumes polyembryoniques (mais voir en fin du présent chapitre les inconvénients éventuels  associés). De plus, dans tous les cas de semis ne pas oublier le risque d'hybridation (voir paragraphe suivant).

Attention aux risques d'hybridation lors de la multiplication des espèces-types
Un des rares cas où le semis peut s'utiliser pour reproduire un fruitier rare est celui-ci d'une espèce qui n'a pas donné lieu à sélection variétale et qui nous intéresse donc en espèce-type (et non en cultivar, variété ou forme) en tant que fruitier rare. En général, il s'agit d'un fruitier sauvage ou d'une ornementale à fruits comestibles ; dans certains cas il peut s'agir d'un légume-fruit conduit en plante annuelle.
Lors de la collecte de graines pour reproduire l'espèce-type rare, il convient de s'assurer qu'il n'existe pas des risques d'hybridation avec des espèces pouvant polliniser la plante mère. Ceci est vrai pour les plantes in situ, mais plus particulièrement pour les plantes ex situ, par exemple présentes dans un jardin botanique. Je vais donner un seul exemple, qui se produit lors des visites de mon jardin botanique privé : dans une parcelle de ce dernier sont regroupées plusieurs grimpantes ornementales à fruits comestibles de la famille des Lardizabalacées, soigneusement palissées côte à côte pour permettre leur différenciation pédagogique par le feuillage ou la floraison. Un certain nombre d'entre-elles fructifient abondamment de façon simultanée. Pratiquement tous les visiteurs intéressés par cette famille se précipitent sans réfléchir sur les fruits d'une Akebia quinata jouxtant une Akebia lobata et une Akebia x pentaphylla (qui est l'hybride des deux premières), fascinés par les milliers de graines disponibles. Puis ils ramassent des fruits de l'Akebia lobata pour en extraire également de "précieuses" graines. J'ai juste le temps de tempérer leur ardeur en leur rappelant un principe simple : compte tenu de la contiguïté des plants des différentes espèces, il existe peu de chances qu'ils enrichissent leur collection d'une Akebia quinata ou d'une Akebia lobata. Ils obtiendront dans la quasi-totalité des cas pour chacune des graines ramassées sur l'Akebia quinata ou sur l'Akebia lobata, non pas un pied de l'espèce-type pure sur laquelle ils prélèvent, mais un plant d'hybride Akebia x pentaphylla, l'interpollinisation entre espèces quinata, lobata et x pentaphylla (gage en outre de la fructification abondante) ayant hybridé les graines... Alors autant s'en tenir à des graines des seuls fruits du pied d'Akebia x pentaphylla, et, pour les autres espèces, collecter des boutures (qui reproduiront strictement l'espèce-type pure sur laquelle elles ont été prélevées...).  

Semis de Passiflora incarnata (techniques 1 et 2)
Dans la littérature spécialisée, il est le plus souvent écrit que le pouvoir germinatif des graines de passiflores est de l'ordre de trois mois. Je livre les résultats de l'expérience suivante, réalisée avec Passiflora incarnata, qui est la passiflore la plus résistante au froid, en contrepartie de son comportement d'herbacée. Le 24 novembre 2006, j'ai récupéré auprès d'un confrère planteur un lot de 30 graines de cette espèce, ayant déjà séjourné trois mois et demi à température ambiante dans sa maison (récolte fin juillet 2006). "Vraisemblablement trop vieilles", me dit-il lorsqu'il m'en fit don ; "Tentons quand même" lui répondis-je... J'ai partagé l'ensemble en deux lots de 15 graines et ai pratiqué sur chacun une méthode de semis différente.
... J'ai semé le premier lot à l'intérieur, dans du sable. Assez rapidement 7 plantules sont sorties. Je les ai immédiatement placées devant une fenêtre bien exposée. C'est alors que j'ai pris conscience que, par inattention, j'avais utilisé uniquement du sable, sans effectuer de mélange avec des matières capables de nourrir les plantules... Ne voulant pas prendre le risque de perdre celles-ci en les retirant du sable, je confectionnai alors un mélange de terre et de compost et le disposai au dessus du sable. J'ai arrosé ensuite tout l'hiver par le dessus. Pour éviter les gelées tardives éventuelles, j'avais décidé de ne mettre en pleine terre que fin mai 2007. Surprise début mai 2007 : une nouvelle levée se produisit et le nombre de plantules fut porté à 15, soit 100 % de réussite...
... Pour le second lot, j'ai mis les graines en stratification le même jour que j'ai semé le premier lot, soit le 24 novembre 2006. Ceci en pots enterrés à l'extérieur, exposition nord. A la mi-mars 2007, j'ai déterré les pots et ai semé les graines en godets individuels dans de la terre. Les godets ont été placés sous chassis. Le taux de germination fut satisfaisant  : 10 plantules, soit 70 %.

Semis de Passiflora incarnata (technique 3 permettant d'obtenir de beaux pieds en une saison)
Après récolte des fruits en été, j'entrepose simplement les graines, en sachet papier, dans mon sous-sol frais (environ 10°C) et sec en hiver. Je sème fin février dans des alvéoles correspondant à des mini-mottes de 2 x 2 x 2 cm environ. J'utilise du terreau spécial semis. Je place les alvéoles dans une boîte en polystyrène (boîte de transport pour poissons que je récupère sur les marchés) avec 2 cm de terre au fond et une plaque de verre par-dessus. Le tout est entreposé dans une serre tenue hors gel. Il s'agit d'un grand tunnel plastique. Semis précoce et au chaud = levée rapide et plantes rapidement vigoureuses. Une fois la levée effectuée, j'enlève la plaque de verre. Lorsque les plantules ont 5 à 10 cm de haut, je les repique dans des godets carrés de 6 ou 7 cm. J'utilise alors du terreau de rempotage (ne pas utiliser du terreau bas de gamme). Les godets sont toujours dans la serre et entreposés dans les boîtes en polystyrène (avec un peu de terre au fond). La pousse rapide va commencer. En juin, les passiflores sont déjà belles et les racines sortent en dessous du godet. A cette époque, je rempote dans des pots de diamètre 20 cm avec toujours du bon terreau. J’enfonce dans le pot un fil de fer formé en arceau afin que Passiflora incarnata puisse s'y accrocher et s'y maintenir. Je garde tout l’été ces pots dans la serre, qui est maintenant recouverte d’un dispositif d’ombrage afin d’éviter la surchauffe. Les passiflores continuent à pousser au moins jusqu’à la fin septembre. Il m'arrive parfois d’obtenir des fleurs, et même un ou deux fruits, dès la première année. Arrosages quotidiens en été.

Déterminer le sexe du futur pistachier (Pistacia vera) à partir de la graine?
Les pistaches porteuses du sexe mâle présenteraient sur le côté un renflement ou deux sillons très visibles. Nous n'avons pas expérimenté ce mode de  détermination du sexe des futurs plants issus de semis. Nous le rapportons toutefois car nous l'avons relevé dans plusieurs ouvrages ou documents, signés notamment de Baltet, Rebour et Sauvaigo. Mais nous fournissons cette information avec la plus grande réserve car, d'une part, nous n'avons jamais trouvé de compte rendu d'expérimentation détaillé ou de mode opératoire avec dessins ou photos et, d'autre part, le Professeur Evreinoff (Le Pistachier, revue Fruits  vol.3, n°2, 1948) affirme qu'il est impossible de reconnaître le sexe sur la graine.

Réussir les semis de Poncirus trifoliata
J'ai expérimenté le semis de Poncirus trifoliata à plusieurs reprises, avec des graines sèches de diverses origines. Taux de levée : 0%. J'ai alors utilisé des graines fraîches, prélevées immédiatement après usage des fruits (jus en accompagnement de poissons) et mises dans une soucoupe remplie d'eau sur un radiateur jusqu'au semis effectué très rapidement. Taux de levée : voisin de 100%.

Comment éviter le greffage de Poncirus trifoliata var. monstruosa
Poncirus trifoliata var. monstruosa, appelé aussi 'Flying Dragon', 'Hyria', 'Dragon Volant', possède un port tortueux très ornemental. Pour conserver cette caractéristique, on le reproduit par greffe sur l'espèce-type Poncirus trifoliata. Mais si l'on souhaite éviter la greffe, il suffit de pratiquer le semis en nombre assez important et de sélectionner ensuite les plantules à l'œil, car 80% des graines donnent des sujets tortueux par polyembryonie. 

Observations sur les semis de Poncirus trifoliata var. monstruosa
J'ai semé des graines de Poncirus trifoliata var. monstruosa. Graines reçues en novembre 2005, vernalisation durant l'hiver au réfrigérateur, semis le 19 mars 2006, levée abondante en 10 jours. J'ai obtenu une diversité génétique intéressante, notamment quelques sujets panachés et 2 sujets complètement sans pigment (couleur ivoire). Je me suis posé deux questions : comment expliquer l'apparition de sujets panachés ? Les individus sans pigment ne sont-ils pas appelés à dégénérer ?
J'ai effectué des recherches à ce sujet dans l'ouvrage technique "The Citrus Industry". Je n'ai pas pu y collecter d'informations traitant de plantules panachées. On y trouve en revanche des explications sur l'apparition de plantules albinos. "The Citrus Industry" précise que les plantules albinos peuvent avoir une origine effectivement génétique, mais que leur origine est due la plupart du temps à l'influence d'un champignon (en particulier Aspergillus flavus et Alternaria tenuis) présent sur le tégument de la graine. L'ouvrage précise également que les sujets à la fonction chlorophyllienne défaillante sont amenés à dépérir, même si, plus rarement, une plantule touchée peut reverdir et poursuivre une croissance normale. D'autre part, des expériences ont été menées avec le greffage et il en est ressorti que l'implantation avec succès d'un rameau d'agrume quelconque mais sain sur un agrume albinos provoque le reverdissement progressif mais total de ce dernier.
Pour ma part, j'ai constaté les résultats suivants : certains de mes sujets panachés n'ont pas survécu, d'autres ont retrouvé leur chlorophylle et mes sujets albinos sont morts.
J'ai recherché d'autres témoignages et en ai trouvé trois :
... Un autre membre de la confrérie  a également obtenu, la même année et avec un lot de semences provenant du même pied-mère, quelques sujets albinos, mais pas de plants panachés, et ils ont tous dépéri comme les miens.
... Mike Saalfeld, amateur anglais très connu sur Internet grâce son site de qualité, a remarqué un phénomène similaire sur ses semences de l'année. Il s'interroge sur celui-ci (en présentant des photos) dans une page spécifique du site.
... Un pépiniériste producteur de porte-greffes d'agrumes, que j'ai interrogé, m'a indiqué qu'il n'avait pas d'expérience sur les semis de la variété monstruosa, mais que sur les milliers de graines de Poncirus trifoliata de l'espèce-type semées, il a obtenu une seule fois un sujet albinos, qu'il a essayé de conserver par greffage dans l'espoir de pouvoir propager cet attrait ornemental. Hélas, ce sujet a reverdi après la greffe.

Attention à l'utilisation de la polyembryonie pour multiplier les agrumes
Chez les agrumes, le phénomène de polyembryonie (voir article de synthèse remarquable publié sur le site Pomum.fr), que l'on observe chez certaines espèces ou variétés, peut inciter des personnes à vouloir reproduire par semis des individus strictement identiques au pied-mère. Cela est tout à fait possible, si, d'une part, on connait  les taxons qui ne sont pas monoembryoniques et si, d'autre part, on sait reconnaître et supprimer l'unique embryon fécondé (donc ne reproduisant pas  les caractéristiques du pied-mère) par rapport  aux embryons nucellaires, généralement dominants, qui sont porteurs du seul capital génétique du pied-mère et en sont donc des clones parfaits. Toutefois, il faut avoir en tête les inconvénients d'une telle pratique par rapport au greffage : Mise à fruits plus longue de plusieurs années, sauf exceptions (tel l'hybride entre le limequat 'Eustis' et le kumquat de Hong Kong), perte des qualités conférées au plant par le porte-greffe : adaptation au taux de calcaire actif du sol, pour éviter la chlorose ferrique, dans certains cas et surtout perte de rusticité dans la plupart des cas. En ce qui concerne ce dernier critère, l'exemple du mandarinier Satsuma (Citrus unshiu) est le plus significatif, car s'il n'est pas greffé sur Poncirus trifoliata il s'avère beaucoup moins rustique que présenté dans la bibliographie générale et rapporté dans les observations de culture de terrain (effectuées, sans que cela ne soit explicitement indiqué, sur des individus greffés sur poncirier). Dans le cas d'agrumes polyembryoniques naturellement très rustiques, cet inconvénient majeur n'existe pas et on peut recommander le semis.

 

  ---------- Rejets et drageons ----------

 

Multiplication par drageons de l'asiminier
Si l'on veut multiplier l'asiminier (Asimina triloba) par drageons, prendre en compte le principe suivant : pour les Annonacées, comme d’ailleurs pour les Magnoliacées, il faut impérativement attendre le début du printemps pour récupérer un drageon en vue de le replanter avec succès.

Un procédé origal pour reproduire fidèlement le Psidium cattleyanum
Pour multiplier les formes à caractères remarquables du goyavier de Cattley sans perdre ceux-ci, il faut utiliser un mode de reproduction végétative et non le semis. En voici un qui est pratique : retirez de la terre une racine de la grosseur d'un crayon et dressez-la hors du sol en l'attachant à un tuteur. Elle va émettre rapidement des bourgeons et l'année suivante vous pourrez la séparer du pied-mère.

Rejets de haie de ronces fruitières (Rubus fruticosus et hybrides)
Si l'on met en place une haies de ronces fruitières sans épines, constituée de variétés différentes de Rubus fruticosus et  hybrides, il faut avoir à l'esprit la problématique du prélèvement des rejets naturels. En effet, ceux-ci apparaissent dans un rayon de cinq mètres autour du pied-mère et se mélangent sur le terrain.
Or il est quasiment impossible de reconnaître les variétés aux feuilles. On perd donc le nom variétal de tous les rejets... Les pieds-mères des ronces fruitières destinées à prélèvement de rejets pour échanges avec des collectionneurs ou pour vente en pépinière doivent impérativement être plantés au moins à quinze mètres les uns des autres, si l'on veut une sécurité absolue sur la possibilité d'attribuer aux rejets un nom variétal. Ceci exclut donc la conduite en haie, sauf si l'on veut constituer une haie de plusieurs dizaines de mètres. Dans ce cas, il convient d'intercaler entre chaque variété de Rubus fruticosus sans épines, une, ou mieux deux, variété(s) d'hybrides avec épines (Loganberry, Tayberry, Darrow Black Jet... ) ou deux espèces de ronces différentes porteuses d'épines (Rubus phoenicolasius...). La présence d'épines sur les rejets de ces sujets intermédiaires permettra la discrimination souhaitée pour les rejets des pieds-mères inermes. Etant entendu que dans ce type de haie, la distance entre chaque pied (touffe de turions) est de l'ordre de 6 à 8 mètres.

       

---------- Bouturage ----------

       

Bouture de fruits d'Opuntia ficus-indica
Le figuier de Barbarie (Opuntia  ficus-indica) se reproduit facilement de boutures de raquettes. Mais peu de gens savent que les fruits verts (c'est à dire non mûrs et sans trace de début de maturité) se bouturent aussi. Les prélever ou les ramasser au sol et les poser à plat, à demi-enfoncés, dans un pot rempli de substrat léger (ajouter du sable si la terre est lourde). Pas de terreau ou d'humus. Arroser légèrement, au début et par la suite, comme pour une bouture de raquette. Voir photo.

Faciliter le bouturage de Carissa grandiflora
Cet arbrisseau sempervirens épineux, originaire du Natal (Afrique du Sud) et qui produit des baies rouges assez grosses, de saveur douce et agréable (
photo),  est à réserver aux zones climatiques USDA 9b et 10 ou à cultiver sous serre. Il se bouture difficilement si l'on procède de façon classique. Pour le bouturer aisément, on doit casser les futures boutures et les laisser sur la plante pendant deux mois, temps nécessaire à la formation d'un cal cicatriciel à la base. L'enracinement ne pose alors aucun problème en serre, avec AIB et chaleur de fond. 

 

---------- Greffe ----------

 

Remarque : dans ce chapitre, nous souhaitons simplement mettre en exergue certaines astuces à utiliser ou pièges à éviter peu connus. Notre objectif n'est pas de traiter les techniques de greffe, ni leur application avec le porte-greffe adéquat pour chacun des fruitiers rares. Pour cela, consultez l'excellent site Greffer.net spécialisé dans la greffe, au niveau des fiches de greffage par espèce qui s'enrichissent progressivement de fruitiers rares. A défaut, regardez dans le répertoire des articles de notre site si l'espèce concernée fait l'objet d'un ou plusieurs articles et si la greffe y est abordée.

 

Greffe des fruitiers rares sur racines
Dans certains cas la greffe sur racines peut rendre un réel service (notamment en cas de manque de porte-greffe rare ou de non connaissance de la nature de celui-ci, pour sauvegarder un fruitier rare ou pour le multiplier en petite série...).
Pratiquement tous les types de greffes à rameaux ou à yeux peuvent se pratiquer sur racines, sans modification opératoire (le bon sens fera  éliminer ceux  impossibles ou trop délicats ...).
Une ou plusieurs racines du pied à reproduire servent de porte-greffe. Que le pied soit greffé ou non n'a pas d'importance, car, en cas de sujet greffé, on va pratiquer la greffe sur les racines d'un porte-greffe forcément adéquat, même si l'on n'en connaît pas la nature.
La greffe peut se pratiquer sur le collet du pivot ou sur certaines racines individuellement.
Ce deuxième procédé permet d'obtenir, avec un seul pied au départ, un plus grand nombre de sujets greffés. Sectionner des racines à une certaine distance du pied, les relever légèrement et les greffer. Sur de fortes racines la greffe en couronne est même possible...
Il faut souligner que la base des greffons étant enterrée dans le cas de la greffe sur racines, ceux-ci peuvent facilement émettre des racines adventives amenant à l'affranchissement si le pied-mère est greffé. Dans le cas où l'affranchissement doit absolument être évité, il faut greffer sur des racines suffisamment relevées, tuteurées, de façon à mettre la base du  greffon nettement au dessus du sol.

Réduction du bourrelet de la greffe
Nous tirons le conseil suivant de l'ouvrage "L'art de greffer" de Charles Baltet  ; Masson et Cie Editeurs  ; 1922 : lorsqu'il se manifeste, à la naissance de la greffe, un bourrelet proéminant au détriment de la libre circulation de la sève, nous l'atténuons par quelques incisions longitudinales données au printemps. Les incisions sont produites par simples coups de greffoir. Elles doivent partir légèrement au dessus du bourrelet pour se continuer une dizaine de centimètres sur le sujet chétif. Elles seront renouvelées modérément dans le cours de la végétation, si besoin.

Porte-greffe sauvage pour nanifier un abricotier ou un prunier
La culture d'arbres fruitiers nains permet d'obtenir un maximun de diversité sur un minimum d'espace. Pour nanifier un abricotier ou un prunier, il suffit de le greffer sur prunellier (Prunus spinosa). On obtient un individu cantonné à une hauteur de 1,50 mètre et à une largeur inférieure à 1 mètre.
Le drageonnement du porte-greffe existe, mais il est tout à fait maîtrisable. Il semble que Prunus spinosa en porte-greffe drageonne moins qu'à l'état naturel. La mise à fruits peut intervenir sous deux à trois ans en terrain et conditions de culture favorables, s'avérant plus courte qu'avec un porte-greffe non nanifiant. Les proportions de l'arbre obtenu peuvent être légèrement plus importantes (1,80m x 1,20 m) en fonction du terrain et de la variété greffée, ainsi que des soins prodigués.

Porte-greffe pour empêcher le drageonnement de Cudrania tricuspidata
Cudrania tricuspidata est une Moracée qui présente une forte tendance au drageonnement. Si l'on souhaite que ce fruitier ne drageonne pas, il faut le greffer sur Maclura pomifera. D'après certains planteurs, cette greffe rendrait en outre la fructification plus précoce et plus importante.

Porte-greffe pour nanifier les agrumes rustiques
La variété à port tortueux du poncirier, dont la dénomination latine est Poncirus trifoliata var. monstruosa (nom de cultivar 'Flying Dragon' en anglais et nom de variété 'Hirya' en japonais), se caractérise par des qualités décoratives exceptionnelles, mais également par une taille réduite (1,50 m à l'état adulte). Si on l'utilise en porte-greffe pour les agrumes rustiques, il conserve ou accroît leur résistance au froid, comme le fait l'espèce-type Poncirus trifoliata, mais produit en outre un effet nettement nanifiant sur ceux-ci. Il peut également être utilisé dans le même but pour les agrumes classiques.

Problématiques du porte-greffe Diospyros lotus de Diospyros kaki
Ce porte-greffe est celui utilisé en Europe. C’est le porte-greffe qui présente la meilleure adaptabilité aux différents types de sol. Il est résistant au froid et à la sécheresse. Il  possède en outre un chevelu racinaire important et régulier.
Mais quelques variétés de Diospyros kaki ne sont pas compatibles avec lui. Il faut alors utiliser la greffe sur franc (c'est-à-dire sur Diospyros kaki). A ce jour, nous avons  recensé les cultivars suivants présentant une affinité nulle ou faible avec le porte-greffe Diospyros lotus : Izu, Fujiwara-Gosho, Ichigikei-Jiro, Suruga, Nishimuawase et le clone japonais de 'Fuyu'. Le cas du cultivar 'Jiro' reste à approfondir pour se déterminer de façon certaine (voir
article consacré aux confusions d'appellation des variétés de kakis, publié sur le site).

Problématiques du porte-greffe franc de Diospyros kaki (Diospyros kaki greffé sur lui-même)
Ce type de porte-greffe est utilisé uniquement par les Japonais. En Europe, on l'emploie seulement dans des cas particuliers :
...  Pour les variétés incompatibles avec le porte-greffe Diospyros lotus (voir paragraphe supra),
... De fait, lorsqu'on surgreffe une variété de piètre qualité, d'ailleurs résultant généralement d'une propagation par semis.

Des problèmes d'adaptation des racines à la nature du sol peuvent éventuellement survenir avec le Diospyros kaki greffé sur franc (notons au passage qu'il en est de même avec un arbre obtenu de semis, car, comme le greffé sur franc, il vit sur des racines de Diospyros kaki...).
Si vous constatez que votre Diospyros kaki se porte mal, en particulier qu'au delà de l'âge de huit ans il est sujet à des desséchements importants de la ramure, sans attaque d'insectes ou présence de champignons sur les feuilles et malgré des arrosages suivis, il faudra suspecter une inadaptation au sol de ce type de racines.
Le desséchement de la ramure traduit alors en fait un desséchement des racines ou un mauvais fonctionnement de celles-ci par rapport au sol et  il conviendra de faire multiplier un double de votre variété par greffage sur Diospyros lotus. Ce porte-greffe s'adapte en effet à tous les sols européens, contrairement au Diospyros kaki, beaucoup plus exigeant sur la nature chimique et sur la texture du sol.
Si vous vous trouvez dans les cas particuliers de sol très humide ou de climat très froid, ou si vous avez détecté des problèmes d'atttaque des racines par des champignons pathogènes, vous aurez avantage, pour la multiplication d'un double de votre variété, à utiliser comme porte-greffe Dispyros virginiana, mieux adapté à ces situations que Diospyros lotus. Vous aurez également recours à Diospyros virginiana si vous constatez que la multiplication du double de votre variété sur Diospyros lotus
conduit à un sujet chétif, se développant de façon médiocre, ce qui laisse soupçonner une mauvaise affinité de votre variété avec ce porte-greffe.

Problématiques du porte-greffe Diospyros virginiana de Diospyros kaki
-----Opinion d'une grande partie des auteurs-----
Malgré une bonne affinité de Diospyros kaki avec Diospyros virginiana, qui conduit à citer ce dernier comme porte-greffe de Diospyros kaki au même titre que le franc ou Diospyros lotus, il faut absolument éviter de l'utiliser. En effet :
... Un
Diospyros kaki greffé sur ce porte-greffe ne vit pas plus de 10 ans.
... Il ne donne que des récoltes moyennes.
... Il présente une tendance marquée au drageonnement.

... Il est difficile à transplanter à cause de sa longue racine pivotante et de son manque de chevelu.
-----Opinion contradictoire, ou contrastée, sur ces quatre points-----
Source : expert principal de la confrérie dans la culture du Kaki (confrère espagnol) ; opinion basée sur des observations concrètes de terrain ; ci-après, texte intégral en espagnol, puis synthèse en français.

Texte en espagnol :
Voy a tratar de exponerte los argumentos que me han convencido de que Diospyros virginiana es un portainjerto, para el kaki, tan bueno o mejor que Diospyros lotus
Los libros de Agricultura (disciplina que dista mucho de ser una ciencia exacta) contienen muchas verdades y muchas falsedades.Todos los agrónomos autores de libros y publicaciones agrícolas copian o transcriben lo que otros colegas escribieron sin molestarse en comprobarlo personalmente. Concretamente, los defectos que se le achacan a D. virginiana en la mayoría de libros y publicaciones sobre el kaki (defectos que están muy bien resumidos en el texto que me adjuntaste) o son falsos o son facilmente solucionables ; Y, por tanto, no pueden utilizarse para desaconsejar el uso de D. virginiana como portainjerto del kaki. En Agricultura lo verdaderamente importante es la experiencia sobre el terreno y no lo que dicen los libros. Analicemos esos defectos que se le han atribuido a D. virginiana :
1- Los kakis injertados sobre Diospyros virginiana viven 10 años como máximo.
Esto es falso. Todos los arboles adultos que yo tengo están injertados sobre D. virginiana y tienen,como mínimo, 25 años ; y no solo no ha muerto ninguno hasta ahora sino que gozan de buena salud y son vigorosos. Además, hay pueblos en la Comunidad Valenciana que tienen kakis sobre D. virginiana de mas de 30 años....y tienen un vigor extraordinario.
2- La producción media de los kakis  injertados sobre D. virginiana es inferior a la de los kakis injertados sobre D. lotus.
Esto también es falso (al menos en la Comunidad Valenciana). La experiencia que existe en esta comunidad autónoma en general, y la mía en particular, es que no hay diferencias apreciables entre las producciones de D. kaki / D. virginiana y las de D. kaki / D. lotus.
3- Los kakis sobre D. virginiana rebrotan excesivamente por las raíces del portainjerto, difilcultando así el cultivo.
Esto es cierto pero es facilmente solucionable : se deja el suelo sin cultivar y así salen menos rebrotes cada año que pasa. Y estos rebrotes se eliminan con herbicidas de contacto o con trituradoras de hierba acopladas a tractor o con desbrozadoras.
4- El transplante de los plantones de kakis sobre D. virginiana es muy problematico ; pues, al tener que cortar su fuerte raíz pivotante y tener pocas raíces laterales delgadas, mueren o quedan moribundos muchos arbolitos después de la plantación.
Esto es cierto. Pero se soluciona totalmente y facilmente este inconveniente no plantando los arbolitos a raíz desnuda sino con cepellón (procedente de bolsas de polietileno en las que se sembraron semillas de D. virginiana que, al desarrollarse, se injertaron con D. kaki en las mismas bolsas).
El mayor vivero de kakis de la Comunidad Valenciana injerta sobre D. virginiana el 50 % de las plantas de kaki que produce. Hasta hace pocos años injertaba solo sobre D. lotus, pero un cliente potencial (una empresa que produce 50 millones de kilos de kakis) le puso como condición indispensable para comprarle plantas que todas tendrían que tener a D. virginiana como portainjerto. Para captar y vincular a este importante cliente, el vivero empezó a producir kakis sobre D. virginiana en bolsas de polietileno. Y al observar el buen desarrollo de las plantas en el vivero y en los campos en los que se plantaban (y teniendo en cuenta también el buen comportamiento en desarrollo y producción de los arboles viejos de kakis sobre D. virginiana que hay en esta comunidad autónoma) los propietarios del vivero se lanzaron a incrementar la producción de plantas sobre D. virginiana hasta llegar a ese 50% de su producción total de plantas que he mencionado antes.
Resumiendo todo lo dicho hasta aquí : Diospyros virginiana es un buen portainjerto para el kaki, pues los defectos que se le atribuyen o son falsos o están superados. En mi opinión lo único que puede ensombrecer el futuro de la combinacion D. kaki / D. virginiana son las virosis ; pero creo que estas también se solucionarían facilmente si llegaran a aparecer por aquí (cosa que, de momento, no ha ocurrido).
Synthèse en français de l'avis de notre expert principal en matière de Kaki :
Selon sa propre expérience, celle de la principale pépinière de plants de kakis pour producteurs de la région de Valence et  l'observation des plantations de kakis dans cette même région :
... La durée de vie réduite est une assertion fausse. Les Kakis greffés sur Diospyros virginiana et âgés de 25 à 30 ans sont toujours en bonne santé et très vigoureux.
... La faible production est une affirmation erronée. Les Kakis greffés sur Diospyros virginiana produisent autant que ceux greffés sur Diospyros lotus.
... La tendance marquée au drageonnement est réelle, mais facilement maîtrisable en culture commerciale par les travaux agraires mécanisés.

... La difficulté de transplantation est réelle, et sa cause est exacte, mais cet inconvénient est facilement contournable par l'élevage des porte-greffes en containers pendant la phase pépinière.
----Inconvénients de Dyospyros virginiana sur lesquels l'accord est général----
... Il est difficile à transplanter à cause de sa longue racine pivotante et de son manque de chevelu.
... Il présente une tendance marquée au drageonnement.
 
-----Avantages de Diospyros virginiana sur lesquels l'accord est général-----
... Il présente une résistance à l'humidité du sol très supérieure à celle de Diospyros lotus.
... Il est plus résistant que ce dernier aux champignons attaquant les racines ou le collet.
... Il est nettement plus résistant au froid que Diospyros lotus (même si ce dernier est très résistant au froid, supportant, par exemple, le climat de toutes les régions de France).
-----Utilisations préférentielles du porte-greffe Diospyros virginiana-----
On doit donc recourir à la greffe de
Diospyros kaki sur Diospyros virginianaprincipalement dans deux cas : ... Dans certaines régions où Diospyros kaki pousse mal sur ses propres racines et où Diospyros lotus est sujet à la pourriture des racines et sensible au crown-gall (c'est le cas de la Floride, par exemple).
... Dans le cas d'expérimentation dans des conditions climatiques de froid limite des variétés parmi les plus résistantes au froid de
Diospyros kaki ou des variétés d'hybrides Diospyros kaki x Diospyros virginiana.


Début page