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Les auteurs, A. Pailleux, membre de la Société Nationale d'Acclimatation, et D. Bois, assistant de la Chaire de Culture au Muséum d'Histoire Naturelle, ont publié en 1892 "Le Potager d'un Curieux", Librairie Agricole de la Maison Rustique, qui rend compte de dix années de recherches et d'essais d'acclimatation de plantes potagères exotiques. Parmi elles, certains légumes-fruits, dont la morelle des anthropophages (Solanum uporo Dun., Solanum anthropophagorum Seeman.) à laquelle ils consacrent un chapitre qui nous relate l'emploi singulier qui en était encore fait aux îles Fidji quelques décennies auparavant. C'est un extrait de ce chapitre que nous reproduisons ici.
La correspondance relative aux îles Fidji, présentée aux deux Chambres du parlement anglais par ordre de Sa Majesté, en mai 1862, est accompagnée d'un appendice intéressant, consistant en un rapport du Dr Seeman sur les productions et les ressources végétales des îles Viti ou Fidji, dans lequel un chapitre, à la page 58, est consacré aux légumes mangés avec la chair humaine, rapport dont nous donnons l'extrait suivant :
" Puisque le
cannibalisme ne survit que dans un petit nombre de localités et devient chaque
jour, et de plus en plus, un simple sujet historique, il peut être important
de savoir ceci : la chair humaine
est extrêmement difficile à digérer, et les hommes les mieux portants souffrent
pendant deux à trois jours après en avoir mangé. Afin sans doute d'aider à la
digestion, le bokola, nom technique donné à la chair de l'homme mort, est toujours
mangé avec addition de légumes. Il y en a principalement trois sortes qui doivent accompagner le bokola : les feuilles du Malawari
(Trophis anthropophagorum Seem.), le Tudana (Omalanthus pedicellatus Benth.)
et le Borodina (Solanum anthropophagorum Seem.). Les deux premiers végétaux sont
des arbres de moyenne taille, croissant spontanément dans beaucoup de parties
de l'archipel; mais le Borodina est cultivé, et il y en a généralement plusieurs
grosses touffes auprès de chaque "buré" (ou maison des étrangers),
où sont portés les corps des hommes tués dans un combat.
Le Borodina est
un arbre touffu, ayant rarement plus de six pieds, avec un feuillage sombre
et luisant et des baies de la forme et de la couleur des tomates. Ce fruit a
une légère odeur aromatique et est accidentellement préparé comme la sauce de
tomate. Les feuilles de ces trois végétaux sont roulées autour du bokola, et cuites avec lui sur des pierres chauffées.
Tandis que toutes les autres sortes de légumes et
de viande sont mangées avec les doigts, on ne touche à cette nourriture
qu'avec des fourchettes, généralement faites avec le bois du Nokonoko (Casuarina
equisetifolia) ou du Vesi (Afselia bijuga A. Gray), portant des noms curieux
et ayant trois ou quatre longues dents. La raison donnée à cette dérogation
à la manière habituelle de manger est la croyance généralement répandue que
les doigts qui ont touché le bokola peuvent engendrer des maladies cutanées
quand ils sont en contact avec la peau délicate des enfants, et, comme les Fidjiens
aiment tendrement leur progéniture, ils font scrupuleusement usage de fourchettes
dans les occasions indiquées".
En 1878, nous avons semé sur couche et sous chassis le Solanum anthropophagorum. Le 2 juin, nous l'avons mis en place, en plein air, sur vieille couche. Au commencement de septembre, des fruits assez nombreux commençaient à rougir. Au mois d'octobre, ces fruits n'étant pas mûrs, nous avons enfermé la plante dans une cage vitrée, et, peu de temps après, nous avons récolté ses baies.
Elles étaient sèches, ou tout au moins assez peu juteuses pour qu'il fût impossible d'en faire une sauce ressemblant à la sauce tomate.
Selon nous, on perdrait son temps et ses peines en cultivant le Solanum anthropophagorum sous le climat de Paris; mais M. Rantonnet (Revue Horticole, 1867, p. 326), horticulteur à Hyères, a reconnu que, chez lui, il supportait l'hiver en plein air, et il a récolté des fruits mûrs au mois de février.
A son avis, cette nouvelle variété de tomate pourrait entrer dans la consommation générale, surtout dans la France méridionale.
Un contact au sujet de cet article, en particulier pour nous faire part de vos essais de Solanum uporo :