Compte rendu de culture de la morelle de Quito
(Solanum quitoense
Lam.)
Auteur : Charles Gratien

 

  

Les légumes-fruits se situent à la frontière des fruitiers et des plantes légumières et constituent l'ultime domaine d'exploration du planteur de fruitiers rares. Les Solanacées y occupent la majeure partie, comptant parmi elles la morelle des anthropophages (Solanum uporo Dunal), la morelle de Balbis (Solanum sisymbriifolium Lamarck) et la morelle de Wallis (Solanum muricatum Ait.) qui font l'objet d'articles publiés sur notre site. L'auteur du présent article nous entretient d'une autre morelle, la morelle de Quito (Solanum quitoense Lamarck), dont il a réussi la culture.

 

 

Un jour, en visitant une serre tropicale, je suis tombé en admiration devant un magnifique Solanum que je ne connaissais pas. L'étiquette précisait Solanum quitoense...

De retour à mon domicile,  je me précipite sur ma documentation botanique afin de me renseigner plus précisément  sur cette espèce.

Le Solanum quitoense ou morelle de Quito fait partie de la grande famille des Solanaceae. Cette famille de végétaux comprend de nombreuses plantes d’une grande importance alimentaire, que l’on retrouve souvent dans son réfrigérateur comme la tomate, l’aubergine, le poivron ou la pomme de terre.

C’est bien la ville de Quito, capitale de l'Equateur, qui a inspiré son nom au botaniste découvreur.

La plante est originaire de l'Equateur, du Pérou et de la Colombie. Mais elle fait l'objet d'intenses plantations pour le commerce dans la Cordillère orientale équatorienne, plus précisément dans la vallée où coule le fleuve Pastaza. De là ses fruits sont expédiés vers Quito et d'autres villes du pays.

L’autre appellation française est naranjille, issue du nom espagnol naranjilla (petite orange), car comme nous le verrons par la suite, le fruit de cette plante ressemble à une orange miniature.

En Colombie et au Vénézuéla, on l’appelle aussi « Lulo de Castilla » ou simplement « Lulo ».

Notre plante pousse naturellement sous le climat équatorial, mais à des altitudes élevées, de 1000 à plus de 2000 m, le plus haut point où on l'ait observée en Equateur étant Otavalo, à 2600 m.  A ces hauteurs, la température est plus « fraîche », mais oscille entre 15 et 25°C toute l’année. Le Solanum quitoense adore donc la douceur.

Comme tous les représentants du genre Solanum, il est très gourmand en nutriments. Son sol de culture doit être riche en matières organiques.

Ces quelques indications montrent que cette plante  aux exigences particulières ne doit pas être simple à cultiver. Malgré cela je me suis lancé le défi de faire pousser un Solanum quitoense et d’en manger les fruits. On est planteur de fruitiers rares ou pas...

Se procurer des graines de cette plante n’est pas chose aisée. Inutile de perdre du temps à faire le tour des jardineries classiques. Seuls quelques rares VPCistes en proposent ; sinon les sites Internet d’échanges de graines rares sont une autre solution.

Ces graines difficiles à trouver sont morphologiquement très banales et ressemblent à s’y méprendre à celles de l’aubergine. J’ai semé sous serre ces semences un 20 avril dans un bon terreau spécial semis. La levée est longue ; elle demande de 10 à 15 jours. A la mi-mai, les deux cotylédons sont bien ouverts. A ce stade, je repique les plants en godets individuels. Deux semaines après repiquage, les premières feuilles ont fait leur apparition.

Solanum quitoense : graines ; cliquer pour agrandir   Solanum quitoense : levée des graines réussie ; cliquer pour agrandir   Solanum quitoense : apparition des premières feuilles après repiquage ; cliquer pour agrandir

Il faudra encore une quinzaine de jours pour que les vraies feuilles matures se forment. Grossièrement dentelées, elles présentent les premières épines au niveau des nervures et une couleur violette commence à les colorer ainsi que les pétioles. Fin juin, notre Solanum est maintenant devenu une belle plante bien développée.

Solanum quitoense : plante bien développée ; cliquer pour agrandir

Il faut commencer à l’abriter des rayons trop brûlants du soleil. Il s'agit là de mon expérience personnelle car j’habite un département du sud-ouest de la France aux étés chauds. Peut-être qu’au nord de la Loire ou mieux encore dans les départements doux de Bretagne et Normandie, la plante n’aurait pas besoin d’être placée à mi-ombre.

Au touché, là où il n’y a pas d’épines, la feuille a un aspect épais et velouté assez peu commun dans le règne végétal. Le détail de la surface d'une feuille montre que les épines sont assez développées, environ 2 cm pour les plus grandes.

Solanum quitoense : aspect épais et velouté des feuilles ; cliquer pour agrandir   Solanum quitoense : détail d'une feuille montrant les épines, cliquer pour agrandir

Mais, heureusement pour les personnes n’aimant pas les plantes agressives, il existe une variété totalement sans épines. Dans les pays de production, cela doit grandement faciliter la récolte pour les cueilleurs ! Voici une feuille inerme. Préférable aussi pour les personnes qui aiment parler aux végétaux tout en les caressant...

Solanum quitoense : feuille d'une variété inerme ; cliquer pour agrandir

Après un été de croissance, à la mi-septembre, la plante est maintenant ramifiée et porte ses premières fleurs. Les botanistes et les praticiens aguerris du jardinage reconnaîtront aisément la morphologie des fleurs de la famille des Solanacées.

Solanum quitoense portant ses premières fleurs ; cliquer pour agrandir   Solanum quitoense : fleur ; cliquer pour agrandir    Solanum quitoense : détails d'une fleur ; cliquer pour agrandir

La fécondation s'effectue sans problèmes et n'exige pas d’intervention particulière. La nouaison est assez rapide ; il s’ensuit un jeune fruit très velu.

Solanum quitoense : jeune fruit après nouaison ; cliquer pour agrandir

Les fleurs apparaissent majoritairement en groupes, comme c'est le cas pour la tomate ; les fruits sont donc généralement en grappes.

Solanum quitoense : grappe de jeunes fruits ; cliquer pour agrandir

Notre Solanum quitoense adulte  porte maintenant tous ses fruits.

Mais on se heurte alors à un problème majeur sous nos latitudes : les fruits sont verts et nous sommes en octobre, voire novembre ; or les fruits demandent encore plusieurs semaines pour mûrir et les températures inférieures à 10°C font dépérir rapidement la plante et le moindre gel la fait mourir.

Afin d’avoir la possibilité de récolter des naranjilles consommables, il faut impérativement posséder une serre ou une véranda hors gel pour y entreposer la plante.

Pour ma part, j'effectue une mise sous serre. Mes fruits se colorent lentement et progressivement au cours de l’hiver. Souvent, une grande majorité des feuilles se fanent et tombent. Cela n’empêche pas les fruits de continuer à mûrir.

Solanum quitoense : fruits en cours de maturation ; cliquer pour agrandir

La récolte est enfin réalisable à la fin de l’hiver ou au printemps. Si l’on désire avoir des fruits en nombre en même temps, il est possible de laisser des fruits mûrs sur la plante assez longtemps dans l'attente que les autres arrivent à maturité.

La naranjille bonne à être cueillie se remarque par sa belle couleur orange ; la tige du fruit est également souvent sèche à ce stade. De petits poils légèrement piquants recouvrent la peau. Il est très facile de les enlever en frottant simplement le fruit avec ses doigts ou avec un chiffon.

Solanum quitoense : fruit mûr ; cliquer pour agrandir

En condition de culture en pot, comme décrit dans cet article, la production d’un pied de morelle de Quito peut être d’une douzaine de fruits de 3 à 5 cm de diamètre. Voici la récompense du planteur de fruitiers rares : une belle assiette de naranjilles joliment colorées, prêtes à être dégustées !

Solanum quitoense : récolte de fruits mûrs ; cliquer pour agrandir

Il est possible de les manger épluchées ou de les couper en deux et les consommer avec une petite cuillère.

La pulpe est juteuse, mais assez acide et chargée en graines. Elle contient un grand nombre de vitamines ainsi que des oligo-éléments (calcium,  phosphore…).

Solanum quitoense : fruit coupé en deux ; cliquer pour agrandir

Ma première dégustation fut ainsi assez décevante car compte tenu du nom espagnol « naranjilla » qui, je le rappelle, signifie « petite orange », je m’attendais à plus de douceur ! Mais cette appellation évoque la forme et la couleur du fruit, et non son goût...

Mes recherches m’ont permis d’apprendre que dans son pays d’origine, mais également dans une partie de l'Amérique du Sud, la naranjille est consommée de différentes manières : boisson, vin, crème glacée, sorbet, gelée, sauce, dessert…

Ne disposant que de peu de fruits et d’aucune recette précise, je me suis tout de même lancé dans la fabrication d’une boisson. J’ai simplement pressé au presse-agrumes quelques naranjilles. Après passage à travers une passoire fine pour séparer les graines, j’ai obtenu un jus verdâtre. J’ai rajouté de l’eau et du sucre en poudre et ai placé le mélange au frais. Une fois frais, je l'ai bu après l'avoir bien remué. J’ai trouvé cette boisson goûteuse et agréable, bien meilleure que la pulpe pure, trop acide à mon avis.

Solanum quitoense : jus pur extrait de fruits mûrs ; cliquer pour agrandir   Solanum quitoense : jus additionné d'eau et de sucre ; cliquer pour agrandir

Je n’ai jamais vu de naranjilles à la vente en France.

Lors d’un passage en Espagne, à Barcelone, j’ai par contre eu la surprise d’en trouver sur un marché (importation d’Amérique du Sud). Ces fruits étaient plus gros que ceux de ma production, environ 6 ou 7cm de diamètre. La pulpe était de texture et couleur similaires, mais moins acide.

Solanum quitoense : fruits sur un étal de vente en Espagne  cliquer pour agrandir

Après fructification et hivernage en serre hors gel à +3°C la nuit, en pot, mes morelles de Quito ont très mauvaise mine. Il est possible de les faire redémarrer en procédant à une taille et à un rempotage. Le bouturage est également praticable. Mais, personnellement, je préfère effectuer un semis annuel.

Les personnes originaires des pays où la naranjille est largement consommée peuvent m’envoyer des commentaires, compléments d’information, recettes…

Je les publierai volontiers en étoffant le présent article.
 

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