Quelques observations sur mes néfliers
(Mespilus germanica L.)

Auteur : Helmut Leithner

 

 

J'habite dans une contrée forestière de l'Autriche où j'ai établi depuis fort longtemps (je suis le doyen de la confrérie...) un vaste verger bien adapté aux conditions locales et intégré dans la nature sauvage environnante.

J'y ai implanté plusieurs sujets de l'espèce Mespilus germanica L. (le néflier germanique ou néflier d'Allemagne), appartenant tous à deux variétés anciennes à fruits assez proches de la nèfle sauvage.

D'une part, la très rare variété sans pépins (Mespilus germanica var. apyrena),  à petits fruits et connue depuis le Moyen Âge ; d'autre part, la variété 'Nottingham', originaire d'Angleterre, où elle fut sélectionnée par R. Hogg vers 1830, et réputée pour la qualité de ses fruits de taille moyenne.

Je vous livre quelques observations sur mes néfliers.

J'ai choisi de les cultiver en arbres à haute tige. Tous sont greffés sur aubépine sauvage (Crataegus monogyna) à une hauteur comprise entre 1,60 et 1,70 m. 

Pour quelles raisons ? Tout d'abord, l'écorce grise lisse du tronc d'aubépine est d'une belle couleur que j'apprécie. Mais surtout, je ne voulais pas craindre des dommages par nos moutons en été et des ravages par les chevreuils en hiver.

Mespilus germanica 'Nottingham' sur aubépine ; cliquer pour agrandir

Cependant,  je n'avais pas tout prévu et je m'en suis progressivement rendu compte...

Je n'avais pas réfléchi au fait que le feuillage de ce fruitier demeure très longtemps sur l'arbre, pour ne tomber qu'au moment où les nèfles sont blettes. En outre, dans ma région, il arrive souvent que la première chute de neige survienne très tôt.

Si un arbre relativement faible comme le néflier, particulièrement dans les variétés choisies, doit supporter la triple charge que représentent les feuilles, 40 kg de fruits et la neige, et s'il fait du vent de surcroît, il est presque sûrement condamné à mort.  

Ainsi, pendant les trente dernières années, j'ai dû me résigner à perdre plusieurs néfliers, tous brisés au niveau du point de greffe ou juste en dessous. Toutefois, lorsque la fracture n'est pas complète, l'arbre couché, alors de  forme bizarre, peut continuer à croître et à fructifier.

Mespilus germanica : arbre couché depuis quinze ans ; cliquer pour agrandir

La surveillance du processus de maturation des nèfles est exécutée de façon rigoureuse par les ouvrières de plusieurs fourmilières présentes sur mon terrain. Les fourmis trouvent avec la précision d'un horloger le premier fruit blet. Un seul fruit suffit... On peut alors facilement apercevoir leur chemin le long du tronc et des branches et leur point de rendez-vous sur le fruit.

Mespilus germanica : nèfle blette repérée par des fourmis ; cliquer pour agrandir

Une observation supplémentaire : les nèfles sans pépins, dont le poids moyen est de 4 g, paraissent  vraiment minuscules, si on les compare avec les  fruits de la variété 'Nottingham', qui pèsent environ 30 g. En ce qui concerne l'appréciation des saveurs respectives, je m'en tiendrai à un proverbe bien français "les goûts et les couleurs ne se discutent pas", qui a son équivalent chez nous, en Autriche...

Mespilus germanica : nèfles 'Nottingham' en comparaison de nèfles 'Sans Pépins' ; cliquer pour agrandir

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