Récolte de noisettes de Byzance
en milieu urbain

Auteur : Charles Gratien

 

  

L'amateur de fruitiers rares se doit d'avoir l'œil curieux lors de ses déplacements...

Je le dis en tête d'un autre article, intitulé "Cueillette de feijoas en milieu urbain". Je vous en donne un autre exemple aujourd'hui.

Partez avec moi pour une nouvelle récolte urbaine et une découverte de la noisette de Byzance...

Non, inutile de se rendre dans la célèbre cité de l'Antiquité, devenue Constantinople (395) puis Istanbul (1453), pour goûter à cette noisette. Le service des espaces verts de ma ville a eu la bonne idée de planter des noisetiers de Byzance (Corylus colurna L. ; Corylus byzantina Desf. ) le long d'une avenue d'un quartier résidentiel.

Cet arbre majestueux, qui peut atteindre 25 m dans son milieu naturel,  fit son entrée en Europe occidentale en 1582, sous forme de graines envoyées de l'ancienne Constantinople, par le Baron D. von Ungnad, ambassadeur auprès du Sultan, à Charles de L'Escluse, botaniste artésien qui dirigeait à Vienne les jardins impériaux. En 1589, L'Escluse en emporta un exemplaire à Leyde, où il avait été nommé professeur de botanique et le planta dans le célèbre jardin botanique de l'université de cette ville, où Linné put l'admirer encore, en 1736 (source bibliographique : Atlas des arbres de France et d'Europe occidentale ; Jacques Brosse ; Editions Bordas ; 1977).

Les arbres au port pyramidal (photo n°1) encadrent joliment le bitume gris (photo n°2) et  la production abondante de noisettes ravit tous les ans le chercheur de fruits rares que je suis.

Sous les regards curieux et surtout intrigués des automobilistes, je ramasse, au pied des arbres, noisettes et fruits entiers avec les involucres. Ceux-ci ont la particularité, par rapport à ceux du noisetier courant (représenté par les deux espèces Corylus avellana L. et Corylus maxima Mill.) d'être un peu poisseux avant qu'ils ne soient complètement secs.

Les longs involucres, profondément divisés en lobes linéaires et contournés, sont comme "frisottés" (photo n°3). Il n'est pas rare qu'ils soient regroupés par cinq ou six, voire plus, formant ainsi une sorte d'agglomérat sphérique accroché dans les branches de l'arbre.

Comme vous pouvez le constater par preuve photographique, la récolte est intéressante! (photo n°4).

Concernant la noisette elle-même (photo n°5), sa taille est comparable à celle d'une noisette sauvage, mais certains arbres en produisent  de calibre supérieur.

Toutes celles que j'ai ramassées sont de forme ronde. La coque est assez épaisse, mais se casse plutôt facilement avec un casse-noix. L'amande légèrement pointue remplit bien l'intérieur de la coque (photo n°6).

Je trouve le goût de l'amande de cette noisette un peu plus prononcé que celui des fruits des espèces du commerce précitées. Prononcé ne veut pas dire moins bon ; au contraire, l'amande révèle une saveur agréable. On peut noter en outre une texture un peu plus ferme sous la dent.

C'est un avis personnel. J'attends volontiers le vôtre, si vous avez eu l'heureuse opportunité de goûter à cette noisette peu commune...