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LE TRAVAIL DE RECENSEMENT ET D'INTRODUCTION DES MURIERS

 

Historique

 

Le travail de Pierre Meynadier sur les mûriers fruitiers a commencé très tôt.

Le 30 Mai 1946, en réponse à une sollicitation, les pépinières de Touraine (Pinguet-Guindon et Fils) lui répondaient : 

"Monsieur, en possession de votre estimée du 26 écoulé, relative à une demande de renseignement au sujet de mûriers, j'avais, avant la guerre, des pieds-mères de mûrier à fruits noirs ; malheureusement, les bombes ont dévasté ces pieds -mères, et nous n'avons pas eu le temps matériel encore de réparer ces dégâts, c'est à dire de replanter d'autres pieds-mères. Vous pourriez, pour cela, vous adresser à Monsieur Dima Benjamin, pépiniériste à Doué La Fontaine, lequel a pris la succession de la maison Chatenay qui possédaient des mûriers noirs. Espérant que vous aurez satisfaction, je vous présente Monsieur, mes bien sincères salutations" (signature illisible...).

Cette aimable réponse est un exemple significatif de ce que nous avons pu constater : Les pépiniéristes contactés par Pierre Meynadier ont toujours répondu de façon volontariste et ont parfois poursuivi de façon active une collaboration avec lui.

De 1965 à 1983,  les prospections et introductions de cultivars mûriers fruitiers se réalisent de façon intensive à partir de nombreux pays des deux hémisphères : USA, Canada, Royaume-Uni, Irlande, Australie, Nouvelle Zélande, Rhodésie, Afrique du Sud, Syrie, Liban, Israël, Iran, Irak, Afghanistan, Russie, Roumanie, pays d'URSS d'Asie centrale... 

 

Méthodes et moyens

 

.... A l'époque, le micro-ordinateur, le traitement de textes et a fortiori Internet n'existaient pas. Pierre ne disposait que d'une modeste machine à écrire et employait du papier pelure, modifiant les coquilles à la main pour s'épargner des refrappes entières. Beaucoup de ses textes sont manuscrits et constituaient une banque d'informations personnelle pour ses publications ou ses correspondances.

... Pierre Meynadier ne connaissait pas l'Anglais, mais utilisait principalement cette langue avec ses interlocuteurs non francophones. Il faisait traduire sa correspondance par des bénévoles, au départ de ses lettres comme à l'arrivée des réponses. Ses archives regorgent de textes en français de sa main, et en anglais de ses correspondants, ainsi que de leur traduction dans les deux sens par écrit rédigés par un tiers : Un travail de bénédictin... concrétisé par l'envoi de centaines de lettres...

... De même on retrouve dans ses archives, pour les articles ou annonces à faire paraître dans des revues anglophones, les articles rédigés en français et leur traduction en anglais par un tiers. 

... Il disposait en outre, parmi ses pépiniéristes bénévoles et ses correspondants, de traducteurs pour l'espagnol (M. Fabregoule), le hongrois (M. Kesmarky), le Polonais (M. Cardon-Bremon), le russe (M. Riedacker), le japonais (M. Barras)...

... La lettre-type utilisée pour le premier contact inscrivait sa demande sous couvert du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, les plants ou les greffons étant à expédier à M. Callen, arboretum de Chèvreloup, près de Rocquencourt, dans les Yvelines. Elle décrivait sa démarche comme une action à but scientifique et écologique, sans motivation commerciale, visant à étudier le comportement des espèces et variétés de Morus fruitiers dans les différents biotopes du futur Parc National des Cévennes. Il insistait sur l'utilisation précieuse des fruits des mûriers : Cueillette pour les touristes et alimentation pour la faune (oiseaux et animaux divers).

... Pierre Meynadier, soit dans ses demandes initiales, soit dans l'accusé de réception des plants ou greffons reçus, sollicitait toujours, en fin de lettre, l'indication de pistes complémentaires éventuelles à exploiter. L'interlocuteur lui donnant alors les coordonnées d'autres interlocuteurs dans son pays, cela générait un important flux continu de nouveaux correspondants.

... Il envoyait systématiquement une lettre de remerciement à ses fournisseurs et les tenait au courant des résultats des multiplications.

... Il n'hésitait pas à solliciter l'aide des ambassades et consulats, parvenant même à faire payer des commandes en rands directement  par le conseiller agricole du consulat d'Afrique du Sud et à le rembourser en francs...

... Il a également fait paraître des annonces dans des revues étrangères relatives à ses recherches de cultivars de mûriers.

... Le nombre important et le caractère rébarbatif des problèmes à résoudre dont témoignent ses archives n'avaient pas d'incidence sur son dynamisme et son efficacité : Rédaction et régularisations de mandats internationaux, gestion des facturations exprimées dans les monnaies locales, prise en compte de périodes d'interruption d'acceptation des mandats internationaux par certains pays, formalités douanières, certificat phytosanitaire (envoi aux fournisseurs étrangers de la réglementation française en matière d'importation de végétaux, souvent  traduite en anglais), organisation des expéditions en fonction de l'inversion des saisons pour les commandes dans l'hémisphère Sud, relance au moment propice auprès des fournisseurs s'étant engagés pour s'assurer qu'ils n'avaient pas oublié l'expédition à réaliser, réitération de commandes aux fournisseurs l'année suivante lorsque la multiplication n'avait pas réussi...

... Il conservait scrupuleusement, classée par pays, la correspondance avec les différents interlocuteurs.

...  L'exploitation des résultats de ses investigations étaient soigneusement notées et souvent commentées. Par exemple : " Pas de réponse intéressante de la Turquie, pourtant, en Arménie, le mûrier était très apprécié comme arbre fruitier. Or, une partie de l'Arménie est turque".

 

Organisation des diffusions et des multiplications

    

Voici l'organisation et les diverses initiatives que décrit Pierre Meynadier dans ses notes, qu'ils adressaient à différents correspondants, dont les membres de son association "Les pépiniéristes bénévoles" :

... Les correspondants étrangers envoient les plants ou les greffons de cultivars de mûriers fruitiers à M. Callen (Muséum d'Histoire Naturelle, arboretum de Chèvreloup, route de Maule Rocquencourt 78150 Le Chesnay), qui en garde une partie et répartit  le reste entre le professeur Rivals de L'ENSA de Toulouse et le pépiniériste Minier.

... Cette station du Muséum a planté plusieurs centaines de mûriers blancs pour les futures greffes de matériel végétal reçu des fournisseurs contactés.

... Des difficultés de greffage de Morus nigra et de Morus alba sur porte-greffe Morus alba, ont conduit le Muséum à conseiller, en 1968, d'associer à la station de Chèvreloup, qui conserve son rôle de réception et de répartition, trois autres stations : CNRA de Provence, Villa Thuret, Antibes, M. Augé ; CNRF d'Avignon, M. Hames et ENSA de Toulouse, professeur Rivals.

... Le climat de Versailles ne se prêtant pas au mieux à la culture du mûrier, M. Callen, depuis 1977, répartit le matériel de multiplication entre deux pépiniéristes de profession : MM. Minier et Rey. M. Minier étant en bon terme avec M. Rey, a envoyé à ce dernier  toutes les variétés qu'il possédait (une trentaine). Nous avons donc aujourd'hui deux sources d'approvisionnement futur, représentant une quarantaine de variétés.

... M. Hames (station de recherches forestières d'Avignon) avait le projet d'établir une collection de mûriers à l'arboretum du "Ruscas", dans la forêt du Dom, en bordure de la nationale 98 sur la commune de Bormes Les Mimosas, dans le Var. M. Ferrandes (CNRF Le Ruscas, Var) et M. Augé (INRA Villa Thuret, Alpes-Maritimes) ont planté en 1977 dans cet arboretum 15 plants de 11 variétés fournis par les pépinières Minier. Les plantations vont continuer en 1978 et 1979, au fur et à mesure que les pépinières Minier pourront livrer de nouvelles variétés.

... Le Ministère de la Culture et de l'Environnement avait demandé à M. Ravetta, Directeur du Parc National de Port Cros (50 Avenue Gambetta 83400 Hyères) de prendre en charge la mise en place sur l'île de Porquerolles d'un conservatoire chargé de la préservation des espèces méditerranéennes menacées. En effet, à Porquerolles, l'Etat possède 120 hectares de terres cultivables, et dispose de personnel et de matériel agricole. Le projet de conservatoire des espèces sauvages est bien avancé (pépinière de multiplication opérationnelle, plusieurs espèces déjà en culture) ; par contre celui du conservatoire des espèces cultivées est à peine ébauché. Toutefois, dès l'automne 1978, M. Ravetta a fait planter à Porquerolles toutes les variétés fruitières de mûriers qu'il a pu se procurer. Signalons qu'une maladie importée de l'Etranger a atteint la région de Bordeaux. La position insulaire de Porquerolles et son écran de conifères semble mettre la murraie expérimentale en cours de constitution à l'abri d'une contagion possible ailleurs.

... Il serait désirable qu'il soit créé d'autres stations expérimentales dans les Cévennes : Pas de réaction actuellement de la part du Parc National des Cévennes.

... Pour diffuser les mûriers, je compte sur les membres de notre association "Les pépiniéristes bénévoles". Je vais également mettre à contribution quelques correspondants de régions de climats doux (Alpes-Maritimes, Dordogne, Indre-et-Loire...) s'étant manifestés à la suite de mon article paru dans "Nature et Progrès".

... Certains des membres de notre association travaillent sur le mûrier :

. Pour la première fois en dehors des professionnels disposant d'un matériel élaboré (mist, température contrôlée du sol et de l'air, enrichissement en gaz carbonique...), M. Mastras (30460 Lasalle), ancien ingénieur agronome, a réussi par une méthode ne requérant pas de matériel compliqué le bouturage du mûrier noir. Une fiche sur sa méthode est à disposition de ceux qui le souhaitent.
. M. Blanc jean (30940 Saint André de Valborgne) autorise des prélèvements de greffons sur son mûrier noir.
. M. Bonnet (30000 Nimes) possède une propriété avec une dizaine de mûriers noirs, dont un produit de très beaux rejets pour bouturage.
. M. Cazal (48250 Meyrueis et 30750 Téves), dentiste en retraite, s'intéresse particulièrement au mûrier.
. M. Costa Michel, instituteur (30170 Monoblet) a créé une pépinière de mûriers Kokusa 21 (variété de Morus alba pour la sériciculture moderne) et s'intéresse aussi aux mûriers fruitiers.
. M. Vaisse qui possède une propriété à Moissac et M. Pasteur (aumônier de l'armée de l'air), qui autorise les prélèvements de greffons sur son mûrier noir, ont créé une petite pépinière.
. M. Catoire Christian, (30140 Peyroles), qui possède 40 hectares, introduit des mûriers dans le cadre de la création d'un arboretum.
. M. Pommarède Maurice (34000 Montpellier), président de l'association des professeurs de biologie de la région de Montpellier (quatre départements) essaye de bouturer le mûrier noir dans la serre chaude du lycée Foch.

... Les pépinières Rey possédaient 480 mûriers non étiquetés. Dyane Catoire est allée les chercher à Jonquières avec une camionnette en Février 1980 et ils ont été répartis en Cévennes. Tenez moi au courant de leur développement. Quand ils commenceront à fructifier, nous chercherons à les déterminer et à sélectionner les mieux adaptés et les plus intéressants du point de vue fruitier.

... Les pépinières Minier ont multiplié en 12 exemplaires 22 variétés de mûriers fruitiers, livrables à l'automne 1981. MM. Costa, Catoire, Jourdan, Cazal et Cabanes en constitueront une collection complète. Il s'agit de plants greffés de 2 ans à racines nues, hauteur 10 à 20 cm, au prix de 35 F pièce hors TVA. Si d'autres personnes désirent constituer une collection complète, me l'indiquer. Pour ceux  qui ne souhaiteraient que un ou deux plants, ce n'est pas encore au point. Peut-être une coopérative avec laquelle M. Costa est en relation ou un pépiniériste détaillant s'organiseront (Rey et Minier sont des multiplicateurs qui n'effectuent que la vente en gros et aux professionnels).

  

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