Le cédrat méditerranéen et le cédrat de Corse
Auteur : R. Huet

Aide technique de Régine Dalnic, CIRAD-IRFA /  Montpellier
Collaboration de J. Cassin et C. Jacquemond, station agrumicole de Corse INRA-IRFA / San Giuliano

  

En 1986, l'auteur, Directeur du Centre CIRAD de Montpellier, a publié cet article dans la revue "Fruits", vol. 41, n° 2, pages 113 à 119. Il traite du cédrat (Citrus medica L.) de façon complète (description, origine botanique, variétés, lieux de culture, caractères de la pulpe et de l'huile essentielle du zeste, agroindustrie) et se termine par des considérations sur l'avenir du Cédrat de Corse. Nous en fournissons de larges extraits, comportant une photo. En hommage à l'auteur, nous complétons le présent article en vous proposant, en dernière page de celui-ci, onze photos supplémentaires relatives à Citrus medica ' De Corse' (origine : Notre photothèque privée).

 

 

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  DESCRIPTION - ORIGINE BOTANIQUE - VARIETES

 

Le cédratier, Citrus medica L., est un arbuste de 3 à 4 m de haut, n'atteignant jamais ni une grande taille ni un grand âge, de port très ouvert, les branches souvent épineuses et retombantes. Les feuilles vert clair se caractérisent par un pétiole non articulé, non ailé.

Il produit toute l'année des fleurs de grande taille, pourpres ou blanches suivant que le fruit est acide ou doux, avec une proportion variable de grandes fleurs mâles caractérisées par l'avortement du pistil.

Les fruits, oblongs à sphériques, à surface plus ou moins verruqueuse, peuvent atteindre une grande taille. Ils ont une écorce très épaisse, à l'albedo très développé se prolongeant entre les carpelles (photo). La pulpe, en conséquence très réduite, est peu juteuse. Le jus peut être aussi acide que celui du citron ou tout à fait insipide.

La pulpe renferme de nombreuses graines à cotylédons blancs et à dominance monoembryonnaire.

On s'accorde à situer l'origine du cédratrier dans les vallées méridionales de l'Himalaya et en Indochine car on y trouve encore de nombreux arbres de cette espèce à l'état sauvage, purs ou hybridés naturellement.

Acclimaté en Perse (Médie) dans la première moitié du premier millénaire avant J.C., il aurait été remarqué par les botanistes qui accompagnaient l'expédition d'Alexandre-le-Grand et ramené avec eux en Grèce et dans le Bassin méditerranéen au IVe siècle, 325 ans avant J.C., sous le nom de pomme de Médie.

On reconnaît également une introduction du cédrat en Palestine, à une date sans doute antérieure car les Hébreux avaient de fréquents rapports avec les Perses et les Assyriens. Le cédrat paraît avoir été évoqué dans la bible sous le nom de « Hadar » (Lev. 23 : 40), et les Juifs qui commémorent tous les ans leur errance dans le désert du Sinaï sous la conduite de Moïse, lors de la « fête des Tabernacles », ont coutume de se présenter à la synagogue avec des bouquets de myrte, de saule et de palmes auxquels sont attachés des cédrats. Une variété particulière convient plus spécialement à cette cérémonie. C'est un fruit de petite taille, à chair acide, appelé cédrat 'Ethrog' ou 'Cédrat de Jericho'. Il est principalement cultivé à Corfou.

Chez les Romains, le cédrat fut décrit par Virgile, Dioscorides qui le trouva acclimaté en Sicile, et par Pline dans son Histoire naturelle. Ils lui attribuaient des vertus thérapeutiques d'antidote contre les poisons. Pline attribuait également au cédrat le pouvoir d'assainir l'atmosphère et d'écarter les insectes.

Le cédratier, culture de luxe pour les riches Romains, a survécu aux invasions barbares et au Xe siècle, cultivé dans la région de Salerne, il donne lieu à un commerce florissant avec les Juifs d'Italie, de France et d'Allemagne. Actuellement, le cédratier de variété 'Liscia di diamante' est surtout cultivé en Calabre. La production est destinée à la confiserie, industrie concentrée dans la région de Livourne. Cependant, c'est en Crète que la culture du cédrat témoigne du plus grand dynamisme avec les cultivars à chair acide 'Policarpos' et  'Limoniformis'.

Remarqué grâce à ses propriétés ornementales et odorantes, le cédrat fut également diffusé en Chine et au Japon. On trouve en Extrême-Orient une variété quelque peu monstrueuse : 'La Main de Bouddah', dont l'extrémité apicale des carpelles est libre et forme autant de doigts bien séparés.

Le cédrat agrémente les jardins arabes. Une variété se rencontre uniquement dans les jardins de Damas : le 'Kabaab'. Au Maroc, on trouve également des variétés typiques comme le 'M'Guergueb'  de Berkane.

L'origine du cédrat de Corse est inconnue, mais il représente une variété typique à pulpe douce.

Enfin, dans le Nouveau Monde, les Espagnols ont introduit le cédrat qui s'est diversifié en variétés à pulpe douce ou acide : 'Cidra dulce de Mulgoba', 'Topes de Collantes',  'Shaddock cubain' (hybride) à Cuba,  'Cidra de Porto-Rico' acide qui donne lieu à une importante industrie de confiserie (85 p. 100 du marché mondial actuellement). Des introductions ont eu lieu également au Mexique, puis en Californie par les pères missionnaires espagnols.
 

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