Pamplemousse ou pomelo
Une équivoque à supprimer
Auteur : J. Brichet
L'auteur, qui fut Chef du Service
de l'Arboriculture en Algérie et Directeur du Jardin d'Essais du
Hamma (Alger), a publié cet article en 1946 dans la revue "Fruits
d'Outre-Mer", vol. 1, n° 10, pages 297 à 300.
Nous en donnons
ici de larges extraits, qui permettent de bien cerner l'équivoque
entre les appellations "Pamplemousse" et "Pomelo",
en croisant des considérations botaniques, historiques
et économiques.
Le combat pour supprimer cette équivoque est-il
gagné plus de soixante ans après la rédaction de l'article?
Oui, lorsqu'on regarde les affichettes au dessus des étals de pomelos
dans nos supermarchés ; non, lorsque l'on commande dans nos cafés
un jus de pamplemousse et que l'on se régale d'un jus de pomelo...
"Pamplemousse" ou "Pomelo" ? ....
Deux noms indifféremment donnés par les consommateurs, à deux fruits, mais surtout deux fruits très différents, confondus sous le seul vocable de "Pamplemousse". L'un, le Pamplemousse véritable, est un fruit à peine comestible sans valeur alimentaire, ni culturale. L'autre, son proche parent, descendant plus ou moins direct par la voie sexuée (ou peut être encore gemmaire ?) est nouveau venu dans la pomologie citricole sous le nom américain officiel de "Pomelo", mais d'étymologie latine (pomum-melo = pomme-melon). C'est un fruit délicieux, d'une grande valeur alimentaire, hygiénique, culturale et industrielle.
Or, et peut être parce que le nom de "Pamplemousse" est d'usage plus ancien et de consonnance plus française, ou peut être encore à cause d'une vague ressemblance entre les deux attributaires, c'est lui qui prévaut et sert aux consommateurs à désigner les deux fruits. Ce qui crée une confusion regrettable au préjudice du "Pomelo", qui est une de nos plus belles acquisitions fruitières de ce siècle, pleine d'avenir dans nos terres d'Empire proches et lointaines.
Mais faisons donc connaissance avec nos hôtes. Le premier, le "Pamplemousse", désigné par la botanique sous les noms scientifiques de Citrus decumana, Citrus maxima, Citrus grandis, est en Europe et en Afrique du Nord, tout au moins, un fruit surtout curieux par ses dimensions. De forme légèrement aplatie aux deux pôles, il atteint la grosseur d'un beau melon à surface régulière à peau lisse de couleur vert-jaune à maturité. Son écorce (épicarpe) est très épaisse (2 cm et plus), de consistance spongieuse, cotonneuse. Sa chair (mésocarpe), de texture grossière, quelquefois teintée de rose, est composée de 10 à 15 tranches (sections) séparées par des membranes solides, coriaces, enfermant un réseau de cellules (sacs) plus ou moins pleines ou vides d'un jus plus âcre et amer que doux, dépourvu d'agrément gustatif. Le tout accompagné de 40 à 75 gros pépins ailés encombrants toute la partie centrale du fruit.
En Asie méridionale, aux Indes notamment, il existe quelques formes de pamplemousses à chair rosée, suffisamment affinés et connus sous les noms indigènes de Djerock, Djerock Bali, Djerock Pandan, etc. Ils font l'objet d'une certaine consommation, mais leur intérêt fruitier ne paraît pas avoir encore dépassé les frontières du pays.
Le second, le "Pomelo", est un fruit de grande consommation mondiale, au même titre que l'orange, et est cultivé dans les régions agrumicoles des cinq continents sur des dizaines de milliers d'hectares. Son origine botanique, présumée hindoue, aussi bien d'ailleurs que son ascendance génétique, paraissent encore incertaines. Cependant, il se distingue des autres membres de sa famille par des caractères pomologiques suffisamment nets pour le faire considérer comme une espèce distincte par certains botanistes, qui en ont fait le Citrus paradisi. C'est un fruit de dimensions plus réduites que le précédent. Il atteint normalement le poids de 300 à 600 grammes, selon les variétés. Son écorce (épicarpe) est sensiblement de la même épaisseur que celle de la plupart des oranges. Elle est lisse et d'une belle couleur jaune citron, tirant quelquefois sur le jaune-chrome. Sa chair (mésocarpe) est formée, selon le cas, de 9 à 13 ou 14 tranches (sections) séparées par des membranes minces et fragiles, pleines d'un jus abondant, doux, acidulé, délicieusement parfumé d'un arôme un peu spécial bergamoté. Sa légère pointe d'amertume le rend particulièrement agréable à la dégustation et lui confère des propriétés toniques et apéritives appréciées par les hygiénistes du monde entier. Les bonnes variétés commerciales ne contiennent que peu ou pas de graines.
Voir photos
comparatives (même échelle), entre Pamplemousse et Pomelo, des fruits
entiers et des fruits ouverts.
On remarquera, pour le Pomelo : La columelle étroite et pleine, la forme globuleuse
à peine aplatie aux pôles, le grain de peau lisse ponctué
de pores très serrés; pour le Pamplemousse : La columelle creuse et large,
le pôle apical très déprimé, les feuilles elliptiques
avec pétiole largement ailé, la peau très épaisse.
L'arbre est un fruitier d'une prolificité remarquable, capable d'une production inégalée par aucun autre Citrus. Il porte ses fruits en bouquets, ce qui lui a valu le nom de "grapefruit" que lui donnent généralement les Américains et autres peuples de langue anglaise. Introduit depuis une quarantaine d'années dans les cultures Nord-Africaines, il s'y est parfaitement acclimaté. Il y a fait preuve d'une grande productivité de fruits de haute qualité à tous points de vue et si son exploitation est encore limitée à quelques dizaines d'hectares, c'est certainement parce que le consommateur français n'a pas appris à le connaître et l'apprécier.
Le "Pomelo" est un Hespéride de culture déjà ancienne. Son origine botanique est encore confuse et controversée, mais ses mérites pomologiques sont reconnus depuis 60 ans au moins par les cultivateurs floridiens qui l'adoptèrent vers 1885 comme fruitier d'exploitation commerciale. Il reçut alors un état-civil et le nom officiel de "Pomelo" et fut lancé dans l'agrumiculture des états du Sud des Etas-Unis, Floride-Texas-Arizona-Californie etc., qui produisent actuellement plus de 5.000.000 de quintaux de ce fruit.
Les débuts du "Pomelo" dans le public des consommateurs américains, comme dans celui des cultivateurs floridiens, n'allèrent cependant pas sans quelques confusions regrettables avec son indésirable proche parent. Celui-ci était alors déjà répandu dans les jardins d'agrément et de collection, sous les noms de "Shaddock" ou "Shadec" rappelant le navigateur de même nom qui l'introduisit aux Antilles, ou de "Pampelmos" ou "Pampelmoes", altérations du Tamoul "Bambolmas", par lesquels il était désigné par les Espagnols et les Hollandais, deux siècles avant cette introduction. Comme il arrive aujourd'hui encore en France, les méprises entre ce "Shaddock" ou "Pamplemousse", sans intérêt fruitier et à peine comestible, et le merveilleux "Pomelo" étaient si fréquentes qu'elles jetaient le discrédit sur ce dernier, entraînant un freinage désastreux de l'extension culturale. Il devenait indispensable de supprimer toute possibilité d'équivoque. C'est dans cet esprit que le Ministère de l'Agriculture à Washington, sur la proposition des Sociétés d'Horticulture de Floride et de Californie, attribuait officiellement le nom de "Pomelo" ou "Grapefruit" à l'arbre et aux fruits dont les botanistes avaient fait l'espèce distincte Citrus paradisi.
Ces deux vocables sont les deux seuls autorisés depuis dans les transactions commerciales, qu'il s'agisse de l'arbre ou du fruit, excluant ainsi tout danger de confusion.
Pour
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