Cueillette
de feijoas en milieu urbain
Auteur : Charles Gratien
Le passionné de fruitiers rares, abandonné en pleine
ville, aussi bétonnée qu'elle puisse sembler, pourrait
(presque...) assurer sa subsistance par la cueillette sur les arbres,
arbustes, buissons, lianes et vivaces rencontrés au cours de
son périple. Bien sûr, profusion et goût exquis ne sont pas vraiment
au rendez-vous. Mais cela change complètement lorsque, en milieu
d'automne, l'oeil aguerri repère une plantation de feijoas
(Acca sellowiana) artistiquement noyée par les Services des Espaces
Verts, dans un but purement ornemental,
au sein des jardins publics ou dans les ensembles végétaux
qui atténuent la rudesse des rocades, rond-points et autres endroits peu bucoliques de nos cités
d'aujourd'hui...
Dans l'article que nous présentons, l'auteur
nous livre un de ses secrets en relatant son étonnante cueillette de feijoas
(fruits de l'arbre du même nom) en milieu urbain. Il en profite
pour nous éclairer sur ce fruitier méritant, à l'allure exotique
mais acclimatable
dans une grande partie des régions de France.
L'amateur de fruitiers rares, que je suis, se doit d'avoir l'œil curieux lors de ses déplacements.
Les jardins privés recèlent certainement quelques espèces, variétés ou cultivars d'arbres fruitiers intéressants.
Les jardins publics ne doivent pas être négligés. En effet, j'ai repéré dans un tel jardin de ma commune plusieurs plantations de feijoas.
Le Feijoa (Acca sellowiana), de la famille des Myrtacées, est peu planté en France en tant que fruitier. Il est considéré plutôt comme un arbuste décoratif par ses feuilles persistantes, aux deux faces fortement contrastées. Le recto étant vert brillant, le verso gris-argenté (photo n°1).
Ses fleurs, à l'aspect exotique et aux longues étamines rouges, confortent son côté esthétique au moment de la floraison, en Mai-Juin (photo n°2).
Dans le Sud du département des Landes, des essais de culture en grand ont été tentés il y a quelques années. Les "feijoaculteurs expérimentateurs" espéraient un engouement similaire à celui provoqué par le Kiwi dans les années 1970.
Mais la vente des fruits, appelés, comme l'arbre, feijoas, n'a pas décollé, les français n'appréciant pas trop l'arôme pénétrant de ceux-ci. La culture comme arbre fruitier s'est, en fait, soldée par un demi-échec, car il est rare de trouver des feijoas en vente sur les marchés.
Notre famille apprécie le goût parfumé de ce fruit rare; donc, sachant qu'une manne fruitière délaissée se trouvait dans ce jardin public, un beau jour de début Novembre, je pris mon panier et partis à la cueillette.
Ces feijoas, d'environ 1m 50 à 1m 80 de haut, sont regroupés par bandes d'une dizaine de sujets entourés d'autres arbustes décoratifs tels hortensias, Elaeagnus, rosiers.
Le Feijoa a une forme de buisson et je dois fortement me baisser (photo n°3), et même m'accroupir entre les différents pieds pour ramasser les nombreux fruits tombés au sol, signe de leur mûrissement (photo n°4).
Mon panier se remplit rapidement et même plusieurs fois. Arrivé à la maison, la récolte s'avère excellente. Après la pesée, le chiffre tombe : 28 kg. Les fruits sont étalés dans des cageots (photo n°5) et entreposés dans mon sous-sol frais. Celui-ci embaume rapidement des effluves parfumés de mes nombreux feijoas mûrs.
La dégustation peut et doit commencer rapidement car la conservation des fruits «à point» est courte. Une cure s'impose dans la famille. Heureusement l'apport calorique est faible; de plus la teneur en vitamine C est excellente et donc bénéfique à l'approche de l'hiver.
Plus précisément, valeurs moyennes pour 100 gr :
Matière sèche
: 10 %.
Protéines :
0,8 %.
Matières grasses : 0,2 %.
Glucides assimilables : 4,2 %.
Matières
minérales : Potassium 166 mg ; calcium 36 mg ; phosphates 10
mg ; magnésium 8 mg ; sodium 5 mg ; fer 0,05 mg.
Vitamine C : 35 mg.
Valeur énergétique
: 92 kJ (22 Kcal).
Quelques observations sur notre Feijoa :
Suivant les arbres, j'ai remarqué une certaine homogénéité de forme, mais jamais de taille, des fruits. J'ai relevé trois types de forme, que j'ai baptisés ovale, ronde et allongée (photo n°6).
Les différences de taille des fruits sur un même arbre peuvent être importantes, la fourchette s'établissant entre 3 et 8 cm de long.
Lors de ma cueillette, quelques beaux exemplaires de plus de 8 cm furent ramassés. Le plus volumineux mesurait 9 cm de long et avait 5 cm de diamètre, pour un poids de120 g (photo n°7).
Venons en pour terminer à la dégustation du fruit.
Comme signalé plus haut, les feijoas dégagent une odeur très parfumée. C'est bien agréable. Je compare celle-ci, pour les personnes initiées, au parfum subtil que dégage la fleur de Passiflora caerulea lorsqu'on y rapproche son nez.
J'épluche la peau verte avant de les consommer.
La texture de la chair blanchâtre est un peu granuleuse, comme pour certaines poires.
En coupant un fruit transversalement, on remarque des sortes de cloisonnement qui font apparaître le dessin d'une croix de Saint-André. Cette dernière est constituée d'une chair gélatineuse translucide contenant quelques toutes petites graines.
J'ai constaté que la partie centrale gélatineuse, certainement la meilleure partie du feijoa, varie plus ou moins suivant la forme du fruit, donc suivant les arbres. Les fruits ronds en renferment le plus. Ceci peut être vérifié sur la photo n°8.
Le goût est difficile à expliquer. Certains palais retrouvent un mélange de goyave, d'ananas et même de fraise. Il faut goûter ! La première fois cela peut surprendre, car justement ce fruit a du goût. Nous sommes loin des nectarines et autres abricots totalement insipides qui nous sont proposés à la vente !
Pour ma part, j'adore ce fruit et tant que je n'aurai pas ma propre récolte, j'irai cueillir les feijoas citadins pour assouvir ma gourmandise fruitière.
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