Manzanilla (Crataegus mexicana Moçino et Sessé)
Auteur : V.-A. Evreinoff
L'auteur, Professeur à l'Institut Agricole de Toulouse et Directeur Scientifique de la Station d'Arboriculture de La Flambelle, a publié cet article en 1950 dans la revue "Fruits d'Outre-Mer", vol.5, n° 7, pages 241 à 243. L'article constitue une très intéressante présentation de cet arbuste à mi-chemin entre les fruitiers sauvages et les fruitiers cultivés, dénommé Manzanille en Français, appelé Manzanilla de façon commune dans les pays de langue espagnole et dont le nom vernaculaire est Tejocote au Mexique. Cinq figures tirées par l'auteur de "Arboretum et Fruticetum Britannicum", par J.C. London, F. L. et H. S., etc. vol. VI, Londres, 1838.
Cette espèce (Crataegus mexicana Moç. et Sessé = C. stipulosa Sted., = C. hypolesia Koch, = C. Guatemalensis Fr.), encore peu connue en dehors de son aire de répartition spontanée, mérite plus d'attention de la part des arboriculteurs des régions australes et subtropicales.
Son nom courant dans les pays de langue espagnole est "Manzanilla", dérivé de "Manzana" et qui signifie "petite pomme". Dans son pays d'origine, le Mexique, cette espèce porte le nom local de "Tejocote" ou "Texocotle", qui veut dire "prune à noyau" ou "prune de pierre".
A l'état spontané, le Crataegus mexicana est répandu au Mexique et au Guatemala, principalement au Mexique, aux altitudes de 1000 à 3000 mètres du Plateau Central, où on le rencontre parfois, non seulement en pieds isolés, mais aussi en petits bosquets clairsemés. Voir figure n°1.
En culture, cette espèce est répandue sur presque tout le territoire du Mexique, ainsi qu'au Guatemala et dans le Honduras. En Californie méridionale et dans l'Arizona, elle fut introduite il n'y a pas longtemps par F. Franceschi, sous le nom de Crataegus Guatemalensis ou Azérolier du Guatemala, surtout très intéressant comme porte-greffe de certains arbres fruitiers.
Cette espèce a une grande ressemblance avec nos azéroliers et doit être envisagée comme très précieuse et très intéressante pour l'arboriculture.
Son introduction et son acclimatation doivent être tentées dans toute l'Union Française et dans de nombreuses régions de la France métropolitaine, car, en plus des ses qualités particulières, le Crataegus mexicana ou "Manzanilla" est rustique, même dans les contrées où l'hiver est assez rigoureux.
C'est un arbre de 5-6 et même 8 mètres de hauteur, qui s'accommode facilement de tous les terrains, même secs et caillouteux. Cependant, sa végétation est véritablement surprenante, comme vigueur et rendement dans les terrains profonds, où il n'est pas rare d'obtenir en 3-4 ans des arbres de toute beauté.
Voir figures n°2 et n°3 pour la floraison.
Comme la Manzanilla est cultivée depuis des siècles au Mexique, il en existe de nombreuses variétés, dont le volume des fruits varie de la grosseur d'une noix jusqu'à celle d'une grosse prune et même un peu plus.
D'après le professeur Juan Balmé, directeur du Jardin des Plantes de la Ville de Mexico, il existe trois groupes différents de variétés qu'il désigne comme suit :
. A petits fruits arrondis ou légèrement allongés, de couleur jaune clair ou jaune orangé foncé, ou même rougeâtre,
. A fruits moyens arrondis ou allongés des mêmes couleurs,
. A gros fruits sphériques, aplatis ou légèrement allongés, de couleur jaune lavé de rouge vif ou complètement lavé de rouge, de belle apparence.
Les variétés de ce dernier groupe sont cultivées de préférence et sont très répandues dans les jardins indigènes.
Voir figures n°4 et n°5 pour la fructification et le fruit.
Le rendement est très abondant. La chair de la Manzanilla est très ferme, même dure (d'où son nom "prune de pierre" ou "stone-plum" des Américains), mais sucrée, de saveur agréable et très parfumée.
Les fruits sont généralement consommés à l'état frais, pendant l'automne et une grande partie de l'hiver, surtout pendant les fêtes de Noël, car il est traditionnel de manger des Manzanillas à cette occasion.
L'époque de maturité varie selon les variétés et l'altitude à laquelle les fruits sont récoltés. Dans les plaines, les fruits mûrissent à partir du mois d'août, tandis que dans les régions de haute altitude certaines variétés n'arrivent à maturité qu'en novembre et même décembre. Les époques échelonnées permettent d'alimenter les marchés pendant environ six mois. Les fruits supportent bien le transport et se conservent bien.
La multiplication se fait par semis (très sûr) et par greffe.
Cependant, l'importance de la Manzanilla ne se borne pas seulement à un grand rendement de très bons fruits. En effet, cette espèce présente beaucoup d'affinités pour les genres Malus, Pirus et Cydonia, et est de ce fait d'un intérêt remarquable comme porte-greffe aussi bien pour le pommier que pour le poirier et le cognassier, surtout dans les régions où les porte-greffes courants de ces espèces ne réussissent pas bien, vu les conditions spécifiques du climat ou du sol.
M. Juan Balmé mentionne le fait exceptionnel suivant, qu'il a eu l'occasion d'observer dans un jardin des environs de la ville de Mexico à 2000 mètres d'altitude : Un grand arbre de Texocotle, greffé sur des nouvelles branches, à 3 mètres de hauteur, avec des variétés de pommier, poirier et cognassier, dans des conditions parfaites et en pleine fructification ...
Les résultats, obtenus sur le même arbre, sont plutôt surprenants, et démontrent avec évidence à quel point son affinité est complète et parfaite pour ces trois genres.
Ces qualités de porte-greffe et d'affinité du Crataegus mexicana ont été aussi découvertes par les Pères Jésuites, il y a plusieurs siècles, et employées avec succès dans leurs plantations fruitières. Il est fort étonnant que ces qualités d'affinité aient été inconnues et négligées par les pomologues européens.
La Manzanilla est donc non seulement un arbre fruitier d'une grande valeur, pour altitude élevée, terrain sec et régions arides, mais encore un précieux porte-greffe, surtout pour le poirier, dans des terrains secs, caillouteux ou en altitude (plus de 1500 mètres), où le porte-greffe courant, le cognassier, ne réussit pas ; il en est de même pour le cognassier, sans parler du pommier. Grâce à ce porte-greffe, la culture de ces espèces peut et doit prendre une plus grande extension dans les régions où les conditions de climat, de sol et d'altitude sont jusqu'à présent des obstacles insurmontables.
La qualité des fruits de la Manzanilla lui donne une place stable dans les plantations fruitière, aussi bien de la France métropolitaine que d'Outre-Mer. Nous ne pouvons pas négliger cette précieuse espèce fruitière, jusqu'à présent presque inconnue des arboriculteurs français.
Pour terminer, je dois dire qu'en dehors de l'Amérique Centrale, de la Californie méridionale, de l'Arizona et de quelques contrées d'Amérique du Sud, la Manzanilla n'est pas connue et pas cultivée, bien qu'elle ait, grâce à ses qualités particulières, toutes les possibilités de prendre une place importante dans l'arboriculture fruitière.
Les figures illustrant
cet article sont tirées de "Arboretum et Fruticetum Britannicum", par J.C London, F.L. et H.S., etc., vol. VI, Londres, 1838.
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