|
|
|---|
Les légumes-fruits se situent à la frontière des fruitiers et des plantes légumières et constituent l'ultime domaine d'exploration du planteur de fruitiers rares. Dans ce domaine particulier, les Solanacées occupent la majeure partie, comptant parmi elles les morelles aux noms mystérieux : Morelle des anthropophages (Solanum uporo), morelle de Wallis (Solanum muricatum), morelle de Balbis (Solanum sisymbriifolium) etc. Plantons donc ces inconnues et testons leurs fruits... C'est ce que nous invite à faire l'auteur de l'article en nous livrant son expérience de culture de la morelle de Balbis.
Voici la description ainsi que le mode de culture d’un légume-fruit que l’on peut, je pense, considérer encore à ce jour comme un fruitier rare car qui a déjà vu des fruits de morelle de Balbis en vente sur un marché?
La plante appartient à la grande famille des Solanacées, dont font partie les très célèbres tomate, aubergine et pomme de terre.
Son pays d’origine est l’Amérique tropicale. En France métropolitaine, sa culture est tout à fait possible comme plante annuelle.
Les graines rondes
et plates, d’environ 2 mm de diamètre, ressemblent fortement à celles de l’aubergine
(photo n°1).
Je sème en mars dans un pot que je mets dans une serre hors gel. Il est également possible de semer au chaud à l’intérieur de son domicile dans un endroit bien lumineux.
La levée est assez rapide, de 7 à 10 jours suivant la température; un repiquage des jeunes plantules s’impose (photo n°2).
Rapidement on voit apparaître sur les jeunes plants ce qui caractérise le plus notre Solanum sisymbriifolium : des aiguillons (photo n°3). Ceux-ci, de couleur jaune-orangé, hérissent toutes les parties: tiges, feuilles, calices.
Cette caractéristique rend la plante dissuasive pour les jardiniers n’aimant pas les végétaux piquants. Les oiseaux prédateurs de petits-fruits semblent également s’en méfier car je n’ai jamais vu ni merles ni étourneaux se poser sur la plante et manger des fruits.
Le repiquage en pleine terre s’effectue lorsque les gelées ne sont plus à craindre. L’apport de matière organique est apprécié ainsi qu’un arrosage régulier et assez abondant.
La pousse est rapide. Bien vite la plante se ramifie et prend l’allure d’un arbrisseau (hauteur 1m50). Le tuteurage est nécessaire. Personnellement, je n’effectue aucune taille.
Les feuilles (photo n°4) sont découpées et je les trouve assez décoratives. Leur longueur peut atteindre 25 cm.
Les fleurs (photo n°5) sont regroupées en grappes de 10 à 12 unités. Leur diamètre fait environ 5 cm et leur couleur est blanche. Dans la littérature spécialisée, il est parfois mentionné qu’elles peuvent varier du blanc au bleu-violet plus ou moins intense. L’aspect rappelle, bien sûr, celui des fleurs d’aubergine ou de pomme de terre, même famille oblige!
Venons en maintenant à la partie qui nous intéresse le plus : son fruit.
Après la fécondation de la fleur, le jeune fruit est entièrement recouvert par le calice épineux qui s’est agrandi. Ensuite le fruit grossit et commence à être plus volumineux que l’enveloppe du calice.
Les premiers fruits mûrs (photo n°6) apparaissent généralement fin juillet (département des Landes, aux étés chauds).
Ils sont sphériques (certains cultivars seraient pointus) et rouge brillant (photo n°7); ils ont l’aspect d’une tomate-cerise et restent légèrement enveloppés par le calice épineux.
Le fruit s’en détache très facilement lorsqu’il est à point; c’est d’ailleurs un signe pour reconnaître ceux qui sont mûrs. Un autre indice du mûrissement optimal est le fait que la peau du fruit se fende (photo n°8). Arrivé à ce stade, il ne tardera pas à se détacher tout seul et à tomber.
Le diamètre du fruit varie de 1,5 à 3 cm.
L’intérieur est orange et les graines sont nombreuses (photo n°9).
Le goût est légèrement sucré et sans aucune acidité, contrairement au coqueret du Pérou (Physalis peruviana), un autre petit-fruit plus connu, avec lequel nous pouvons le comparer au niveau de la texture de la chair (toutefois légèrement moins juteuse pour notre morelle).
Il faut l’avouer, le fruit de Solanum sisymbriifolium ne laisse pas une saveur inoubliable au palais. Certains membres de ma famille le préfèrent quand même au coqueret du Pérou, d’autres non. Disons, en conclusion, qu’il est douçâtre et moins goûteux que ce dernier.
La production fruitière est longue et régulière de fin juillet aux premières nuits froides d’octobre, car la plante produit continuellement de nouvelles fleurs. Peu à peu la plante dépérit, au fur et à mesure que l’automne s'installe, et meurt. Parfois des gelées précoces la détruisent alors qu’elle porte encore des fleurs, des fruits verts et des fruits mûrs (à moins de les avoir tous mangés...).
Ma famille et moi grapillons les fruits mûrs directement au jardin lorsque l’envie nous en prend. C’est à dire, pour ma part, tous les jours, car comme le raisin pour l’étourneau, les baies rouges et luisantes de la morelle de Balbis attirent irrésistiblement mon regard et l’amoureux des fruits commence à se régaler…
La transformation en compote, marmelade, confiture ou gelée serait possible. A essayer.
Un de mes correspondants m'a indiqué avoir rencontré cette plante aux Pays-Bas, où elle est cultivée pour lutter contre les nématodes des pommes de terre.
Les nématodes de la pomme de terre se conservent dans le sol plusieurs années dans des kystes. Lorsqu'une culture de pommes de terre se met en place, les sécrétions des racines déclenchent l'éclosion des kystes et la multiplication de ces vers microscopiques dans les racines. Ceci entraîne une perturbation de la plante pouvant aller jusqu'à réduire à néant les rendements.
Ces parasites sont très contrôlés et les parcelles infectées sont interdites de pommes de terre ou autres Solanacées vivrières pendant au moins 7 ans (déclaration en préfecture ...).
L'intérêt de la morelle de Balbis semble être de déclencher l'éclosion des kystes mais de rendre impossible la migration des nématodes dans les racines, entraînant leur mort et réduisant ainsi fortement les populations.
Une société hollandaise spécialisée commercialise à cet effet Solanum sisymbriifolium auprès des maraîchers.
Je dispose d’un petit stock de graines pour les personnes intéressées.
Pour
me contacter : E-mail