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  MATERIEL VEGETAL ET MODES DE CULTURE

 

Les techniques culturales classiques élaborées dans les principaux centres mondiaux de production des agrumes se sont, pour la plupart, révélées inapplicables dans les «subtropiques soviétiques» et à plus forte raison dans les régions de culture nouvelle, tandis que les variétés de Citrus importées de l’étranger ne parvenaient à s’acclimater directement que dans quelques points isolés du littoral, jouissant d’un microclimat particulièrement favorable.

La culture des agrumes ne commence à prendre une réelle extension dans ces «subtropiques» qu’à partir du moment où les citrologues soviétiques, ayant renoncé, après de multiples échecs, à l’application stéréotypée des techniques classiques, sont parvenus, selon leur expression, à «apprivoiser» les agrumes dans les conditions écologiques locales, à l’aide des méthodes de sélection inédites et des procédés culturaux entièrement nouveaux.

La sélection des variétés locales tout aussi bien que la mise au point des techniques culturales nouvelles ont été, toutes les deux dominées, pour les agronomes soviétiques, par la nécessité absolue de conférer aux agrumes, en premier lieu, une résistance suffisante au froid.

L’une et l’autre ont nécessité une étude préalable très approfondie d’une part de l’écologie locale et, d’autre part, du comportement biologique des Citrus cultivés sur le fond de cette écologie.

Les études écologiques, réalisées au cours de nombreuses années à l’aide d’un important réseau de «points d'essais géographiques» disséminés sur tout le littoral de la mer Noire et bien au delà, ont permis d’inventorier dans cette vaste mosaïque des microzones pédologiques et des microclimats très différents, tous les terrains se prêtant plus ou moins à la culture des agrumes.

L’étude du comportement biologique des Citrus dans les subtropiques soviétiques a permis de préciser les besoins physiologiques du mandarinier, du citronnier et de l’oranger au cours des diverses stades de leur cycle annuel de végétation.

Sélection.

Pour accroître l’accoutumance au froid des variétés réputées dans les régions à climat plus chaud que celui des subtropiques soviétiques, de même que pour créer des variétés nouvelles parfaitement adaptées aux conditions écologiques locales tout en étant très productives et donnant des fruits de haute qualité intrinsèque, les citrologues soviétiques ont eu recours aux méthodes de Mitchourine, qui ont permis à ce dernier de réaliser des performances horticoles extraordinaires, notamment en ce qui concerne l’extension vers le Nord des espèces fruitières méridionales.

Mitchourine augmentait l’accoutumance des plantes cultivées au froid en les soumettant à la «trempe antigel» progressive, procédé basé sur la constatation que les jeunes plants issus des graines constituent des organismes très plastiques s’habituant facilement aux conditions du milieu local.

«L’abricotier du Nord», qu’il créa, constitue un exemple typique de l’application de cette méthode. Autrefois, la limite septentrionale de la culture de l’abricotier en Russie passait près de Rostov-sur-le-Don. Les graines d’un abricotier local très estimé dans cette région furent tout d’abord semées dans un village situé à 300 km au nord de Rostov. Les arbres s’y sont normalement développés et ont donné des graines. Ces dernières, à leur tour, ont été semées à Kozlov (actuellement Mitchourinsk) se trouvant à 650 km au nord de Rostov, où elles ont produit des abricotiers parfaitement adaptés aux conditions climatiques locales, alors que tous les essais d’introduction directe de l’abricotier de Rostov dans la région de Kozlov se sont toujours soldés par des échecs.

Appliquée aux agrumes, ainsi qu’à d’autres plantes subtropicales, la « trempe progressive » s’est montrée très efficace dans l’accoutumance de ces plantes au froid. Dans le cas du Théier, par exemple, plante encore plus exigeante du point de vue de la chaleur que les Citrus, elle a permis d’obtenir des variétés résistant, sous une couche de neige, aux froids de -23°C.

Dans la création des nouvelles variétés, Mitchourine conseillait l’hybridation entre les meilleures variétés locales et les variétés d’origine géographique très éloignée.

Cette technique lui a permis d’obtenir des sortes culturales très résistantes au froid et fournissant des fruits d'excellente qualité. Indiquons, à titre d’exemple le poirier «Beurré d’hiver» issu du croisement de la variété italienne «Beurré royal» avec le poirier sauvage d’Oussouri (Extrême-Orient soviétique).

L’application de cette méthode dans le domaine des Citrus, où elle s’est révélée excellente, a été facilitée pour les sélectionneurs soviétiques par la constitution, au cours des années 1933-1935, à Soukhoumi, d’une magnifique collection d’agrumes comprenant presque tous les représentants du genre Citrus et provenant de tous les points du globe.

L’existence de cette collection, une des plus riches du monde, a permis aux agronomes russes d’effectuer une étude comparative très approfondie de la résistance relative au froid de diverses espèces de Citrus et de leurs hybrides.

L’utilisation du mélange de pollen pour l’hybridation sexuelle, l’application de l’hybridation végétative, de la méthode du mentor et d’autres techniques mitchouriniennes - dans les détails desquelles il nous est impossible d’entrer ici - étaient d’un grand secours pour les sélectionneurs soviétiques dans la constitution de l’assortiment national des variétés d’agrumes remarquables par leur productivité, par la qualité de leurs fruits et surtout par l’adaptation parfaite aux conditions climatiques locales.

Variétés d’agrumes cultivés.

A côté des variétés d’agrumes d’introduction étrangère et dont la résistance au froid a été considérablement accrue par le procédé de «trempe progressive», l’agrumiculture soviétique dispose, comme nous venons de le dire, d’un vaste assortiment de variétés nationales.

Toutes ces variétés sont greffées sur le «Trifoliata» (Poncirus trifoliata Raf., oranger trifoliolé) qui constituait jusqu'à présent le seul sujet utilisé pour les agrumes dans les subtropiques soviétiques. Le choix de ce porte-greffe est dû à sa rusticité et à sa haute résistance contre le froid.

On considère généralement que le Trifoliata augmente la résistance au froid de tous les greffons. Les observations d’Alexandrov montrent cependant que cela ne se vérifie que pour le mandarinier et, dans une certaine mesure pour l’oranger. Quant au citronnier, sa sensibilité au froid ne se trouve nullement atténuée par ce sujet.

D’autre part, les besoins physiologiques du citronnier ne coïncident pas du tout avec ceux du Trifoliata qui perd ses feuilles en hiver, résiste mal à la sécheresse et dont le système radiculaire est trop faible par rapport à la couronne du citronnier normal.

Pour toutes ces raisons, dans les conditions écologiques des subtropiques soviétiques, le bigaradier serait, d'après Alexandrov, le meilleur sujet pour le citronnier, voire pour l’oranger, surtout dans les régions des «subtropiques arides» de l’Asie centrale.

Variétés de citronniers.

A côté des variétés d’origine étrangère - Villa Franca (Floride), Commune (Italie), Lisbon (Californie), Meyer (introduite de Chine) - l'agrumiculture soviétique dispose de nombreuses variétés locales, parmi lesquelles :

Nouvel Athos 24-049, variété très épineuse, à grand développement, fournissant de beaux fruits de forme ovale, à téton large et pointu ; tardive.

Kouzner, de forte croissance, à frondaison abondante, résistant bien au froid et donnant des fruits d’excellente qualité, titrant 7 % d’acidité et ayant 5 à 6 cm de diamètre.

Oupenek, variété très épineuse, de taille moyenne, à couronne bien développée ; précoce et productive.

Pavlovo, variété spécialement adaptée à la culture d’appartement, très résistante au froid et supportant de grands écarts de température tout en se contentant d’un éclairement médiocre. Les fruits sont d’excellente qualité ; un arbuste de cinq ans peut en fournir jusqu'à trente-cinq tous les ans. Commence à être utilisée pour la culture à découvert, sous forme rampante, dans les tranchées.

Du fait de son utilisation avec le thé - boisson nationale en Russie - le citron a toujours été l’agrume le plus demandé sur le marché russe. En vue de satisfaire cette demande, toujours croissante, par la production nationale accrue, la sélection de nouvelles variétés de citronniers est particulièrement encouragée.

Une vingtaine des variétés créées tout dernièrement sont actuellement en voie de multiplication dans les différentes stations expérimentales.

Parmi ces variétés, il faut notamment mentionner celle de Tourachvilli donnant de beaux fruits sans pépins et les nouvelles variétés Oupenek, caractérisées par leur précocité et leur grande résistance au froid.

D’autre part, la méthode de culture à «double étage», dont il sera question plus loin, permet d’étendre à tous les subtropiques caucasiens la culture des variétés étrangères renommées, telles que Lisbon, Commune et Villa Franca, jusqu'à présent cultivées seulement en Adjarie et Gourie.

Variétés d’orangers.

Parmi les variétés d’origine étrangère, on cultive dans les subtropiques soviétiques surtout le Washington Navel, importé de Californie, l’oranger Hamelin (Norris), introduit de Floride, de même que les variétés italiennes Torocco et Sangino di Napoli. La culture des variétés méditerranéennes Valencia et Jaffa n’est possible, en pleine terre, que dans certains points de la côte d’Adjarie.

Parmi les variétés de sélection locale, la plus répandue est le Pervenetz obtenue à Soukhoumi par Ryndine et Essinovskaya et caractérisé par sa grande productivité et sa grande résistance au froid.

Font également partie de l’assortiment standard les variétés : Soukhoumi améliorée, Pchénitchny à peau lisse et plusieurs variétés de création récente d’une grande résistance aux gelées hivernales, parmi lesquelles il faut mentionner les orangers hybrides n° 2004 et 2006 de Zorine. Le premier, obtenu par le croisement du mandarinier Satsuma (Citrus unshiu Marc.) avec l’oranger, se caractérise par une grande productivité, la qualité exceptionnelle de ses fruits et surtout par sa résistance au froid, supérieure à celle de toutes les variétés d’oranger et de mandariniers cultivées dans la région de Sotchi, «bastion septentrional avancé» des subtropiques soviétiques.

Variétés de mandariniers.

La résistance naturelle au froid des mandariniers étant de tous les agrumes cultivés la plus élevée, leur culture s’est étendue sur tout le littoral des subtropiques caucasiens beaucoup plus rapidement que celles du citronnier et de l'oranger.

D’autre part, la sélection des mandariniers y fut abordée dès l’année 1929. De sorte que les variétés locales, dont plusieurs se révèlent excellentes à tout point de vue, sont très nombreuses. Elles dérivent presque toutes des mandariniers Satsuma (Citus unshiu Marc.) introduits du Japon par A. Krasnov et plantés pour la première fois en 1896, dans le jardin botanique de Batoumi.
 

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