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  REGIONS DE CULTURE

 

La culture des agrumes, comme celle de beaucoup d’autres plantes subtropicales, se pratique en U.R.S.S. dans des régions très différentes par leurs conditions écologiques et notamment par leur climat : température moyenne annuelle, minima thermiques, précipitations atmosphériques et leur répartition saisonnière, intensité des radiations solaires, etc.

D’après les conceptions classiques de l’agrumiculture - telles qu’elles étaient codifiées, par exemple par le grand spécialiste américain H.H. Hume - toutes ces régions, à part peut être celle de Batoumi, très restreinte d’ailleurs, doivent être reconnues soit complètement inaptes à la culture des agrumes, soit incapables d’en assurer une productivité normalement rémunératrice.

Telle était précisément l’opinion des techniciens russes d’avant la révolution.

A ces conceptions classiques s’oppose celle des agronomes soviétiques qui, après avoir obtenu de remarquables succès dans l'acclimatement de nombreuses cultures méridionales dans les régions du nord de l’U.R.S.S. (tomates et pommiers au delà du cercle polaire, vigne dans la région de Moscou, riz et ricin en Russie centrale, etc.), affirment qu’il serait vain de fixer d’une façon définitive les limites de cultures septentrionales pour la plupart des plantes subtropicales.

«Au fur et à mesure des progrès de la sélection et du perfectionnement des pratiques culturales, l’aire des cultures subtropicales en U.R.S.S. est appelée à s’agrandir constamment», dit notamment à ce sujet un des citrologues soviétiques.

Actuellement, on y distingue les régions de culture suivantes :

Littoral de la mer Noire, région principale des cultures subtropicales en U.R.S.S., désignée sous le nom des «subtropiques humides», par opposition aux «subtropiques arides» englobant les oasis de l’Asie centrale et certaines régions se trouvant en bordure de la mer Caspienne.

Limités au nord-est par l’isotherme de 0°de janvier et protégés par les montagnes du Caucase des vents froids en hiver, venant des plaines russes et de la Sibérie occidentale, les «subtropiques humides» jouissent d’un climat doux et pluvieux - «climat pontique».

En allant de Touapsé vers Batoumi, les températures moyennes et les précipitations atmosphériques augmentent, tandis que les gelées hivernales deviennent plus rares et moins intenses. Cependant, on y constate assez fréquemment des minima thermiques absolus atteignant - 8 à -12°C.

Dans la zone côtière d’Adjarie et d’Abkhazie, jusqu'à Soukhoumi approximativement, la culture de tous les agrumes de sélection soviétique est possible en pleine terre sur des terrains convenablement exposés.

Entre Soukhoumi et Touapsé, elle exige un choix minutieux des endroits jouissant d’un microclimat particulièrement favorable et l’application de méthodes culturales spéciales, surtout pour les citronniers et les orangers, plus exigeants du point de vue «chaleur» que le mandarinier.

En maintenant les arbres près du sol, sous une forme naine, à l’état rampant ou encore en les cultivant en espaliers, il est possible de neutraliser dans ces régions l’effet nuisible des gelées hivernales.

Les mêmes précautions doivent être prises en arrière de la zone côtière en Adjarie et en Abkhazie.

Dans les «subtropiques soviétiques humides», les agrumes se trouvent en compétition avec beaucoup d’autres cultures subtropicales : le Théier, le Tung, le Plaqueminier, le Feijoa, etc., qui, de concert avec les agrumes, ont déjà expulsé vers le Nord les cultures de moindre valeur intrinsèque, telles que le maïs, jadis culture principale de cette zone.

La moindre parcelle de terrain convenable aux agrumes, ou aux autres cultures subtropicales «rivales», y est déjà mise en valeur.

L’assèchement de la vaste dépression de Colchide, située au centre de la région subtropicale de la Géorgie occidentale, mettra à la disposition de ces cultures, après l’achèvement des travaux commencés en 1930, plus de 200.000 ha de terres nouvelles. A l’heure actuelle, 25.000 ha se trouvent déjà disponibles à cet effet.

Malgré cela, les agrumes se trouvent toujours très à l’étroit dans les «subtropiques humides» et le mouvement d'émigration vers d’autres régions de culture amorcé il y a une dizaine d’années se généralise actuellement grâce aux mesures de planification précédemment indiquées.

Ces «régions d’immigration» se classent selon la rigueur de leur climat en trois zones :

1° La première zone englobe les régions caractérisées par les gelées de courte durée et par les minima thermiques absolus ne dépassant pas - 15°C. Le sol n’y gèle pratiquement pas.

Elle comprend le littoral de la province de Krasnodar, à l’ouest de Sotchi, la côte méridionale de la Crimée depuis Forosse jusqu’au mont Castel, de même que les régions de Lenkoran, d’Astara et de Massala, situées sur  le littoral occidental de la mer Caspienne.

Font également partie de cette zone de nombreux «micro-secteurs subtropicaux» de la Géorgie orientale, situés pour la plupart dans la province de Kachétie.

Toutes ces régions permettent la culture de l’oranger et du citronnier dans les conditions de pleine terre, sous forme d’arbustes nains, en espaliers, en culture rampante ou encore sur des terrasses adossées au flanc des collines bien exposées.

La culture du mandarinier y est possible à l’état demi-nain ou sous forme de buissons.

2° Dans les régions constituant la deuxième zone de l’extension des agrumes, la couche de neige et les gelées hivernales - au cours desquelles le thermomètre peut marquer jusqu'à -20°C - durent plus longtemps et le sol peut geler à 20-30 cm de profondeur.

Cette zone comprend les districts de la province de Krasnodar, de la Crimée et de l’Azerbaïdjan à l’exception de ceux qui ont été mentionnés comme faisant partie de la première zone, le Daghestan, les régions méridionales de la Turkménie, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan, de même que les districts méridionaux de l’Ukraine et de la Moldavie.

La culture des agrumes exige ici des précautions spéciales et se pratique soit dans des tranchées, soit avec transplantation annuelle. L’ensemble de ces mesures constitue ce que les agronomes russes appellent la «culture semi-protégée de pleine terre» par opposition avec la culture «sous couvert» - orangeries et «limonaria».

3° Enfin, la troisième zone de l’extension agrumicole englobe les districts situés en bordure septentrionale des régions énumérées dans le paragraphe précédent.

Les minimas thermiques absolus dans cette zone peuvent atteindre -30°C et le sol peut y geler en hiver sur une profondeur de 50 cm.

La culture des Citrus exige ici une protection contre les froids plus efficace que partout ailleurs. Elle se pratique presque exclusivement sous forme «rampante» dans les tranchées dont la profondeur peut atteindre 2 m, ou encore les arbustes nains sont cultivés avec la transplantation annuelle, la saison d’hiver se passant dans les hangars de maçonnerie à demi enterrés et quelquefois chauffés pendant les grands froids.

Voir carte.

En dehors de toutes ces zones de culture plus ou moins intensive, la culture des agrumes en appartement, celle du citronnier particulièrement, se pratique sur une large échelle dans presque toutes les régions de l’U.R.S.S. tandis que leur culture industrielle dans les serres, orangeries et «limonaria» se fait même au delà du cercle polaire.
 

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