A la recherche de la "pomme
de pin géante"
Auteur
:
Charles Gratien
ll est des planteurs-goûteurs de fruitiers rares capables de faire des centaines de kilomètres pour débusquer un nouveau fruit à déguster. L'auteur est de ceux-là... En quête, depuis des années, d'un fruit de Araucaria bidwillii (Le pin Bunya, dont les pignes peuvent atteindre la taille d'un ballon de rugby et peser jusqu'à dix kilos), il nous raconte dans cet article comment il a pu enfin réaliser son objectif en se rendant, sur renseignement, à deux endroits du littoral varois. Il nous fait partager l'émotion de sa découverte et nous rend compte de la dégustation de l'amande de "la pomme de pin géante", nourriture habituelle des aborigènes australiens.
M'étant rendu au "domaine du Rayol" (Var), j'étais particulièrement intéressé par un arbre que l'on m'avait indiqué s'y trouver, assez rare en France métropolitaine et dont le cône, impressionnant par la taille (il atteint la dimension d'un ballon de rugby pour un poids de 10 kg!), manque encore à ma collection de fruits secs: Araucaria bidwillii (ou pin Bunya ou Bunya-Bunya).
De plus la graine contient une amande comestible. Alors, en qualité de planteur, et surtout goûteur, de fruitiers rares, je me devais de partir à la recherche de la "pomme de pin géante".
La visite se fait en cet après-midi ensoleillé et chaud, habituel pour la saison dans cette région privilégiée, du mardi 21 septembre 2004.
Ce conifère, originaire d'Australie, a trouvé dans ce jardin bien protégé des gelées un lieu propice à sa croissance, son développement et même à sa fructification; pourtant l'arbre est présenté comme dioïque et il n'y a qu'un seul sujet au Rayol?
Je me rends prestement auprès du beau sujet à la forme caractéristique. Un examen visuel du houppier ne me permet pas d'apercevoir le moindre cône. Je décide de faire le tour de l'arbre, en ne comptant pas trop y trouver grand-chose.
Oh surprise! A défaut d'y découvrir mon mythique cône, je ramasse quelques énormes écailles de celui-ci. Le fait d'être en possession de ces gigantesques échantillons me procure beaucoup de plaisir (imaginez ma joie si j'avais pu trouver le fruit entier!)
J'en conclus que l'arbre a bien fructifié cette année, ayant pu ramasser des morceaux "frais" de son fruit.
De retour à Mont de Marsan, j'examine de près les quatre écailles ramenées à mon domicile, telles des trophées. Chacune d'entre-elles mesure bien 7 cm de long (photo n°1). Je ne connaissais jusqu'à présent que nos simples "pommes de pin", ou autres pignes ou cônes de classiques conifères, avec leurs modestes graines appréciées des écureuils.
Je trouve mes écailles bien ventrues et me dis que ce renflement renfermerait peut-être une graine. Avec un couteau, je découpe la membrane et, à nouveau, j'ai une grande émotion car mon idée était bonne : le renflement de l'écaille cache bien une grosse graine. Sa longueur est de 4 cm. Elle rappelle un peu le fruit sec de l'amandier mais avec une coquille plus lisse et moins dure (photos n°2 et n°3).
Je découpe facilement la
graine avec
une scie à métaux afin de ne pas la briser avec un casse-noix.
Je constate le peu d'épaisseur de la coquille ainsi que la grosseur de l'amande de couleur
blanchâtre (photos
n° 4 et 5).
Puis voici venu le moment solennel de la dégustation. A vrai dire, je suis quelque peu déçu car je m'attendais à retrouver la finesse de la texture et du goût du "pignon", l'amande de la graine de Pinus pinea (pin pignon ou pin parasol).
Non, c'est un peu farineux, ça ressemble, mais en meilleur, à une châtaigne crue avec une petite saveur de résine. Mais il me semble que les aborigènes australiens la font griller; cela doit améliorer le goût. Il faudra que je fasse des recherches à ce sujet.
En conclusion, je suis extrêmement heureux de faire partie des rares personnes ayant vu Araucaria bidwillii, touché une de ses graines et goûté son amande.
Je pense intéressant de vous présenter un comparatif de taille entre écailles et graines de Araucaria bidwilliiet de Pinus pinea,une noix servant de témoin (photo n°6).
Le responsable du domaine du Rayol voudra bien m'excuser pour le ramassage (de fait interdit) de quelques écailles que j'ai effectué cet après-midi de septembre, mais la curiosité d'un amoureux de la nature, des arbres fruitiers en particulier, était bien trop forte, irrésistible même.
Mais, à la suite de cette expérience, j'étais toujours à la recherche d'une pomme de pin Bunya entière, dans le but d'enrichir de cette pièce maîtresse ma collection de fruits secs.
Je souhaitais donc visiter un autre parc ou arboretum, ou un jardin privé, dans lequel Araucaria bidwillii serait présent, en âge de fructifier.
J'avais, en fin de la première version du présent article, lancé un appel aux internautes qui en connaîtraient un afin qu'ils veuillent bien m'indiquer où il se trouve...
Cette demande pour la localisation d’autres spécimens d'Araucaria bidwillii a été un succès. J’ai pu enfin tenir dans mes mains mon "graal botanique": la pomme de pin géante remplie de nombreuses graines comestibles...
Je complète donc mon article avec la narration de la suite de cette enthousiasmante découverte.
Un jour d’août 2007, je reçois un mail de la part d’une habitante de Toulon. Celle-ci me signale la présence d’un Araucaria bidwillii dans le parc d’une maison de repos de la côte varoise. Selons ses dires, l’arbre, en pleine production, se déleste de ses cônes et certains sont exposés à la réception de l’établissement.
Je sens immédiatement que cette piste est la bonne et prends mon téléphone pour appeler la maison de repos. Mon plus grand désir serait que l’on me réserve une pomme de pin géante...
A ma grande joie, une aimable personne, coopérative, ne s’oppose pas un seul instant à ma demande originale. Au contraire, très coopérative, cette hôtesse d'accueil me donne une réponse positive: «La prochaine à se détacher sera pour vous».
Dès le lendemain, appel de sa part: « Monsieur, une nouvelle pigne est tombée, on la garde pour vous». Voilà, c’est fait, je tiens un cône entier... Mais il se trouve à 700 kilomètres de mon domicile! Je ne vais pas demander à cette personne de me confectionner un colis et me l’envoyer... Alors comment récupérer cet « objet de mes rêves » le plus rapidement possible afin de le faire sécher pour le conserver intact?
Heureusement le réseau de la confrérie est assez dense dans le sud de la France. Une consœur de la Seyne Sur Mer se propose spontanément d’effectuer la récupération et le séchage de la pigne gigantesque avant ma prochaine venue dans le Var.
Voici une série de photos prises par ma consœur à cette occasion.
Tout d’abord l’arbre sur pied (photo 7 et photo 8). Il est magnifique. Le houppier bien régulier, le tronc faisant un bon mètre de diamètre à sa base. En observant attentivement, on peut constater la présence d’une chaine rouge et blanche qui interdit l’accès sous l’arbre pour cause de chute de pignes géantes!
A présent approchons nous de ce conifère (photos 9 et photo 10) pour observer que les aiguilles sont assez rigides et piquantes, mais bien moins que celles du célèbre "Désespoir du singe" (Araucaria araucana) chez lequel elles sont transformées en des sortes d’écailles agressives au toucher.
Passons maintenant aux fruits monstrueux de cet arbre particulier avec un cône de 3,7 kg (photo 11, photo 12, photo 13). A titre de comparaison une pigne fraîche de pin maritime pèse seulement 200 g en moyenne.
Un tel fruit de 3,7 kg est donc déjà énorme, mais il existe beaucoup plus gros! Un internaute de Corse m’a envoyé une photo avec des sujets de 7 et 9 kg (photo 14). Nous sommes proches des 10 kg, pour les plus gros, annoncés dans la littérature botanique!
Pendant plusieurs semaines mon cône, offert par la maison de repos, a séché lentement sous le chaud soleil méditerranéen. Voici venu le moment solennel d’aller le récupérer à l’occasion de mes congés annuels. Après une journée de route, me voici à la Seyne Sur Mer chez ma dévouée consœur qui me remet ma pomme de pin géante. Je la reçois et la prend dans mes mains avec beaucoup d’émotion, le cœur battant. Elle est maintenant sèche (photo 15) et se conservera certainement de longues années dans ma collection botanique.
Le lendemain, je me rends sur le lieu où se trouve l’Araucaria bidwillii géniteur de mon bien. Je remercie les hôtesses qui me l’ont gardé (et leur remets le petit présent prévu pour leur gentillesse...), puis me dirige au pied de l’Araucaria. Les chutes de fruits sont désormais terminées. Mais sur le sol se trouvent encore de nombreuses écailles avec leur graine et j'effectue une bonne récolte.
Une fois la décortication faite, le poids des graines seules atteint les 2 kg (photo 16)...
Les amandons grillés par ma consœur, qui avait elle aussi ramassé des écailles, ont donné un mauvais résultat. Ils ont durci et sont devenus presque comme de la pierre.
A mon retour de vacances, je teste donc la cuisson dans l’eau bouillante. L’expérience est concluante. L'amande cuite est meilleure que crue. Le goût rappelle la châtaigne bouillie en moins farineux, avec un arrière goût légèrement résineux. Ma récolte varoise m’a permis d’en manger à plusieurs reprises.
Pour enrichir encore l'expérience, j'ai esayé le semis de certaines des graines récoltées et j'ai pu en réussir trois. L'observation des différents stades de la germination est fascinante. Je vous en fais part en six photos (stade 1: photo 17, stade 2: photo 18, stade 3: photo 19, stade 4: photo 20, stade 5: photo 21, pousse de 1 cm: photo 21 et pousse de 12 cm: photo 22).
L’histoire de ma recherche de la pomme de pin géante se termine donc de la meilleure façon.
D’autres internautes m'ont également écrit pour me signaler la présence de l’Araucaria bidwillii notamment à Ajaccio, Cannes, Nice, Garros. J’en profite pour les remercier.
Je suis toujours preneur d’informations sur cet arbre ainsi que sur sa localisation. J’aimerais bien savoir s’il est présent en France ailleurs que sur le littoral des départements méditerranéens.
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