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  Phoenix dactylifera L. var. Mariposae (Sauvaigo) comb. nov.

 

Ce dattier bien connu sous le nom de Dattier à fruits noirs de Nice et dont il n'existe qu'un seul exemplaire authentique, a donné lieu, depuis 1892, date de la première observation, à la publication de nombreuses notes.

Ce n'est pas, comme le pensait Naudin, une espèce particulière, caractérisée par ses fruits noirs, mais une simple variété du dattier commun.

On sait aujourd'hui qu'il existe, même dans le Sahara, plusieurs variétés de dattiers à fruits noirs très bons, en particulier la variété Tozeur zaïd safra du Djerid, décrite par Thomas Kearney ( Date varieties and date culture in Tunis, Washington, 1906).

Donnons d'abord la synonymie de la forme niçoise :

P. Mariposae E. Sauvaigo. Sur un dattier de Nice à fruits comestibles, Bull. Soc. Agric. Alpes Marit., année 1891, (1892) = P. melanocarpa Naudin, Le dattier à fruits noirs, Revue Horticole, 65e année, 1893, p. 563 ; Sauvaigo : Les Phoenix cultivés dans les jardins de Nice, Rev. Hort., 66e année, 1894, pp. 493-499 (avec trois figures). Sauvaigo adopta le nom donné par Naudin ; c'est également le nom melanocarpa qui est cité dans l'Index kewensis.

Les fruits très nombreux sur des régimes pendants sont oblongs-obtus, plus ou moins ovoïdes, plus renflés et moins longs que la datte deglet-nour qui est aussi une date molle (L. Dru). Ils sont d'abord jaunes, puis rougeâtres et passent au noir-luisant à maturité ; ils égalent en longueur 30 mm à 40 mm et en largeur 20 à 33 mm. La pulpe est à chair ferme, très sucrée, légèrement parfumée, épaisse de 6 à 10 mm, rappelant celle des dattes africaines. La peau mince, complètement noire à maturité se détache facilement de la pulpe ; elle n'est pas comestible et doit être enlevée (Sauvaigo).

Les fruits cueillis au palmier et mangés tout de suite sont très bons. Consommés quelques jours après la cueillette, ils sont un peu astringents ; cela tient à ce que la pulpe étant moins sucrée et plus aqueuse que chez les dattes ordinaires, un arrière-goût amer se développe par fermentation.

C'est pourquoi Dru recommande de cueillir les dattes sur le palmier au fur et à mesure qu'on les mange. Suivant Maxime Cornu en faisant macérer les dattes quelque temps dans l'eau douce ou salée on leur enlève leur astringence, ainsi du reste qu'à toutes les dattes un peu amères : le tanin s'échappe, tandis que le sucre demeure dans le parenchyme.

De nombreux renseignements ont été publiés depuis trente ans sur le Dattier de Nice. Nous résumons ici les plus importants. Ce palmier fut signalé pour la première fois en 1892 par le Dr E. Sauvaigo qui l'observa dans le jardin de la « villa Mariposa » appartenant alors au chevalier Henri de Cessole dans le quartier La Montéga, non loin de la gare de Nice, où on peut toujours l'observer. Il avait été planté en 1882. On pense qu'il avait été acheté déjà âgé de dix ou douze ans, avec un lot d'autres palmiers chez un horticulteur de San-Remo ou de Bordighera, mais on ne connaît pas la provenance des graines. Naudin suppose qu'il vient peut-être de Laghouat, mais au fond il n'en sait rien. Déjà en 1893 il ne donnait plus de djebars et il avait au moins vingt ans. On a aussi émis l'hypothèse que c'était peut-être un hybride de dactylifera et de canariensis, mais en 1872, date vers laquelle il fut semé, le canariensis n'était pas encore cultivé en Europe.

Dès 1892, date à laquelle on observe pour la première fois sa fructification, il se fit remarquer par ses dattes noires très bonnes, mûrissant de très bonne heure (en mai). Naudin l'a décrit ainsi en 1893 : à cette époque c'était déjà un arbre ; il donne chaque année une dizaine de volumineux régimes. « Par la glaucescence de ses palmes, la configuration de ses régimes et la forme de ses fruits, il rappelle tout à fait le dattier proprement dit, mais par le notable élargissement de la base de ses pétioles à leur intersection sur le tronc, il semble avoir une certaine parenté avec le Phoenix des Canaries ». Enfin par sa précocité il se rapproche de certaines variétés d'Algérie comme les Es-Sifia.

En 1894 L. Dru fit connaître que la floraison se faisait au printemps, et la maturation des fruits de fin mai au début d'août de l'année suivante. La récolte 1892-93 donna environ 50 kgs de dattes fort bonnes (Léon Dru - Les Palmiers Dattiers. Bull. Soc. Nation. Agric. France, t.LIV. 1804. pp.279-284. Suivi d'observations par H. de Vilmorin et M. Cornu, pp. 284-286). C'est à partir de 1894 que M. de Cessole commença à pratiquer la fécondation artificielle. Cette fécondation peut se faire en secouant des régimes mâles soit de dactylifera, soit de canariensis sur les régimes femelles épanouis ; même sans fécondation artificielle les dattes mûrissent et ont une pulpe comestible ainsi que des noyaux bien constitués. Toutefois bien qu'on ait ensemencé plusieurs fois de ces graines depuis 1893, nous n'avons pu savoir dans le cas où il serait sorti de nouveaux plants, ce qu'ils sont devenus. On sait (H. de Vilmorin, 1894) que les noyaux de dattes, même quand les palmiers n'ont pas été fécondés artificiellement, germent parfaitement. « Si le fruit n'atteint pas sur le littoral méditerranéen la maturité gastronomique, celle qui le rend bon à manger, il atteint bien la maturité physiologique, celle qui le rend capable de germer et de se reproduire. ». Si le fait est exact, et s'il n'y a pas fécondation croisée, mais développement parthénocarpique de la graine, celle-ci devrait reproduire des individus exactement semblables à la plante-mère.

Ce serait un moyen de multiplier cette précieuse variété déjà adaptée au climat de la Côte d'Azur.

Tous ceux qui ont dégusté les dattes noires de Nice à l'état frais les ont trouvées excellentes.

On doit à Aimé Girard une étude chimique de ces dattes. Il a établi que contrairement aux dattes ordinaires d'Algérie elles contiennent du lévulose en quantité (31,08 % du poids de la pulpe) et non du saccharose ni d'autres sucres comestibles ( A. Girard - Sur la composition des fruits de Phoenix melanocarpa, C. R. Acad. Sciences, t. CXXIII. 9 nov. 1896.). Pour cette raison que c'est une datte à lévulose, la saveur de la pulpe est douce et moins sucrée que dans les dattes à saccharose ; l'absence d'acides et de tanins accentue encore ce caractère de douceur. Ainsi ajoute Girard «  la pulpe tendre, quoique bien tenue, riche en pectine, fond pour ainsi dire dans la bouche et l'essence si fine de la datte lui communique un parfum délicat. »

Le dattier de la propriété de Cessole, bien qu'âgé aujourd'hui d'environ cinquante ans, est encore en pleine production.

En juin 1916, en compagnie d'un collègue de la Société Botanique de France, M. Arbost, j'ai pu, y étant aimablement autorisé par M. le chevalier de Cessole, cueillir moi-même à l'arbre, des dattes de ce précieux palmier parvenues à maturité ; dégustées ainsi sur place ou même quelques jours après, elles étaient exquises. Cette année là le dattier portait environ 80 kgs de fruits. La partie de la récolte que n'utilisait pas le propriétaire était vendue à un marchand de fruits exotiques de Nice et servie dans quelques restaurants.

En 1923, j'ai demandé à M. Victor de Cessole des renseignements complémentaires sur le dattier de son jardin. Il n'a pas souffert des gelées de décembre 1920. Il est du reste assez bien abrité quoique placé sur une terrasse exposée au soleil toute la journée. Le tronc mesure actuellement 4m.50 de haut (non compris la tête) et 0m.40 de diamètre. La fécondation a lieu vers le mois d'avril ; les dattes ont déjà pris leur développement quand arrive l'hiver, et elles mûrissent l'année suivante de juin à septembre. La récolte moyenne varie de 60 à 80 kgs. M. de Cessole m'informe aussi qu'il possède un autre petit palmier issu du premier.

Je crois utile de compléter cette note par les renseignements suivants que m'envoie M. Trabut :

«Je connais le Dattier de Nice ; c'est une simple variété de dactylifera dont les fruits mûrissent - comme les dattes d'Elche - par un processus analogue à celui qui mûrit les sorbes et les nèfles. Naudin m'a envoyé autrefois des noyaux de son melanocarpa. J'en ai obtenu un beau sujet qui est un vrai dactylifera. Toutes les dattes qui viennent en dehors du Sahara sont plus ou moins sucrées, mais il reste du tanin ( Le Dattier de Nice n'a pas de tanin dans la pulpe de ses fruits mûrs et frais. Aimé Girard). En insolubilisant ce tanin, ces dattes sont comestibles. On peut insolubiliser par des anesthésiques : éthers, acide acétique, etc. Il est probable que dans le dattier de M. de Cessole, les fruits sont pourvus d'un ferment qui insolubilise le tanin. Les dattiers du littoral algérien ne mûrissent qu'au printemps, mais très relativement ; c'est une maturation retardée par les froids de l'hiver. Ces dattes traitées par les vapeurs de vinaigre deviennent noires et sont comestibles. Un espagnol d'Orléansville en préparait ainsi et il les vendait très bien. Il négligeait la fécondation et obtenait des dattes sans noyau.»

A Elche, le dattier n'est multiplié que par semis, jamais on ne plante de rejetons. C'est dire que les variétés sont très nombreuses ; toutes donnent des fruits qui, par la maturation artificielle, sont rendus comestibles et la production en est très considérable.

En introduisant des jeunes plantes de l'oasis d'Elche, on pourrait sans doute produire des dattes dans les jardins les mieux exposés de la côte des Alpes-Maritimes, spécialement entre Nice et Menton.
 

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