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Auguste Chevalier (1873-1956) fut Professeur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Il dirigea la publication de la Revue de Botanique Appliquée et d'Agriculture Coloniale et rédigea une Flore des Iles Du Cap Vert. Dans la revue précitée sont parus de nombreux articles d'un grand intérêt, notamment sur les plantes acclimatables à fruits comestibles. C'est l'un d'entre eux, publié en 1924 et d'un contenu exceptionnel, que nous vous proposons in extenso. L'auteur y passe en revue, sous l'angle de la comestibilité des fruits et de leur possibilité d'obtention sur le littoral de la Provence et de la Côte d'Azur, les principales espèces cultivées de Phoenix (Phoenix dactylifera, Phoenix Jubae, Phoenix intermedia). Il décrit également les individus remarquables recensés à son époque (Phoenix dactylifera var. Mariposae, Phoenix Jubae var. edulis).
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Suivant l'opinion de A. de Candolle l'aire naturelle de culture du dattier, celle où il a existé probablement il y a quelques millénaires à l'état spontané à l'époque où le Sahara avait un climat différent de celui qu'il possède aujourd'hui, est constituée par « la zone sèche et chaude qui s'étend du Sénégal au bassin de l'Indus, principalement entre le 15e et 30e degrés de latitude. » (La flora of Tropical Africa indique le phoenix dactylifera au Nyassaland et sur le Kilimandjaro jusqu'à 2000 m d'altitude. Il s'agit vraisemblablement d'une autre espèce, peut-être du P. abyssinica Drude). Dans cette zone, il n'existe du reste qu'en des îlots très éloignés les uns des autres formant tantôt des oasis, tantôt des jardins irrigués situés toujours sous des climats très secs. Il a été introduit depuis un siècle ou deux en d'autres régions désertiques (Afrique du Sud, sud des Etats-Unis, Mexique) où sa culture est également prospère.
Dans l'Afrique française, en dehors de la zone saharienne, au sud comme au nord, le dattier peut encore vivre et mûrir ses fruits, mais ordinairement ceux-ci, s'ils proviennent des régions non désertiques ne sont pas savoureux ; souvent c'est à peine s'ils sont mangeables.
Au cœur de l'Afrique, comme dans l'ouest africain, j'ai encore rencontré de rares pieds de dattiers, dans les villages de la zone soudanaise, et même dans quelques grands centres de la zone guinéenne. Tchecna, Bornou, Mossi (Ouagadougou), nord du Dahomey, Bobo-Dioulasso, Sikasso, Kouroussa, Timbo, etc., c'est-à-dire jusqu'aux points de l'extrême-sud où s'avancent les caravanes de trafiquants musulmans. Mais dans toutes ces localités le dattier est regardé plutôt comme une plante fétiche, ou un palmier sacré, que comme un végétal utile. Les fruits nouent rarement et quand ils mûrissent ils n'ont qu'une pulpe mince et sèche, entourant le noyau, à peine comestible. Ce n'est qu'aux environs de Podor, de Kayes (Afrique Occidentale), et dans les oasis de Kanem par 13° de latitude dans le territoire du Tchad que j'ai trouvé des dattes mangeables et encore elles étaient peu savoureuses. Il en est de même au nord de l'Afrique : le dattier ne s'y rencontre plus que d'une manière exceptionnelle au-delà de l'Atlas et il y donne rarement des dattes de valeur.
Cependant divers Phoenix peuvent encore vivre et même fructifier au-delà de la Méditerranée, mais il est rare qu'ils donnent en Europe des fruits estimés. Il faut cependant en excepter les palmeraies de l'oasis d'Elche (Espagne) au sud de la province de Valence, par environ 38° de latitude. On sait que c'est cette localité qui fournit à Rome les palmes destinées à la Fête des Rameaux ; les dattes de cette localité sont également renommées.
En France même, sur le littoral de la Provence et surtout du Comté de Nice, les dattiers mûrissant leurs fruits ne sont pas rares ; mais ils sont cultivés exclusivement comme palmiers d'ornement et les dattes produites sont ordinairement à peine mangeables. Nous passerons en revue les principales espèces et races cultivées dans le Midi de la France.
Phoenix dactylifera L.
On rattache à cette espèce les formes très nombreuses cultivées dans le Sahara ainsi qu'en Asie S. W. Lorsque Beccari écrivit sa belle Monographie des Dattiers (Revista monografica delle specie del genera Phoenix, in Malesia, III, 1886-1890, pp. 345-416) on ne connaissait encore, d'une manière précise, qu'une dizaine de variétés appartenant à cette espèce. Depuis cette date, des centaines de formes cultivées les unes en Algérie ou Tunisie, les autres en Egypte ou en Mésopotamie ont été décrites. On sait que ces variétés ne sont pas fixées : multipliées par la graine, elles dégénèrent. Selon Trabut, il faudrait rechercher pour chaque pied femelle la forme mâle de cette même variété et en opérant la fécondation avec son pollen, on aurait une descendance uniforme semblable aux parents. Le plus souvent les Arabes multiplient les bonnes sortes de dattiers à l'aide de drageons (ou djebars) qui reproduisent exactement la variété, mais ces djebars ne se développent que sur des palmiers jeunes. A partir d'un certain âge, le dattier ne donne plus de rejets à la base.
En dehors des oasis de grande culture et notamment en Europe et au Soudan, c'est au contraire par graines que le dattier est multiplié ; aussi n'y connaît-on pas de bonnes variétés à fruits.
A la Côte d'Azur par exemple, on sème des noyaux de dattes du commerce (ordinairement celles du P. Jubae) dans le but d'obtenir des dattiers d'ornement. De là de nombreuses variations.
Aussi les palmiers appartenant à cette espèce ou à P. dactylifera qu'on observe çà et là sur la Côte d'Azur, à Menton, à Nice, à Hyères etc., dans les jardins et les avenues, présentent-ils un remarquable polymorphisme dans le port et les caractères des feuilles, des inflorescences, des fruits.
Les palmiers de l'espèce dactylifera ne donnent à la Côte d'Azur des dattes qu'exceptionnellement et encore, suivant Chabaud (Les palmiers de la Côte d'Azur, 1913, p.147), elles ne mûrissent que les années où la chaleur est extrême pendant l'été et où l'hiver est tempéré. En outre, ainsi que je l'ai constaté à plusieurs reprises à Menton, le mésocarpe est très réduit autour du noyau et le fruit n'est pas mangeable. Ces palmiers sont en quelque sorte des sauvageons analogues à ceux qui s'ensemencent d'eux-mêmes dans certaines oasis abandonnées ou dans quelques villages du Nord du Soudan. On a signalé de rares individus de cette espèce, à Cannes et à Beaulieu, donnant des dattes que l'on pouvait manger, mais sans saveur. Toutefois MM. Coutagne et Couderc nous ont signalé qu'ils avaient vu à Ollioules, près de Toulon, un dattier ordinaire produisant de très bonnes dattes jaunes sans noyau, d'un goût exquis, bien sucrées et de dimensions normales ; elles mûrissent en août. Ce palmier est encore vivant, mais il est très âgé et il a cessé de produire des djebars.
Les dattiers donnant des fruits comestibles mais peu charnus seraient sans doute améliorables et l'on pourrait par semis et sélection « arriver à créer des races de valeur, adaptées au climat méditerranéen », tel qu'il en existe en quelques points de l'Afrique du Nord où la chaleur estivale n'est pas plus grande qu'à Nice et où l'hiver est même plus dur (Robertson-Proschowsky
- Fruitiers exotiques sur la Côte d'Azur, Petite revue Agric. et Hort. Antibes. 1912-1913, et tiré à part, page 12).
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